Accueil

Biographies

Photos

Épisodes

Personnages 

Multimédia 

Fanfictions

Créations

Liens

 

                                    Du rire aux larmes

 Naples, Août 2009.

             Au plein cœur de l’été, une chaleur torride s’était abattue sur Naples. Jusqu’à 5 heures de l’après-midi les rues, habituellement grouillantes d’animation, étaient désertes. Les persiennes des hautes maisons de la vieille capitale de CAMPANIE restaient obstinément closes, protégeant leurs occupants du feu d’un soleil pourtant familier en cette saison de l’année. Havre de fraîcheur, perchée sur les collines dominant la ville, la somptueuse villa PARRETI semblait épargnée par la canicule. Une brise légère, imperceptible au niveau de la mer et venant du large comme portée par les rares nuages, y apportait une relative douceur. Dans toutes les pièces de l’immense demeure régnait un climat beaucoup plus tempéré, définitivement bloqué sur un 23 degrés printanier grâce à l’efficace climatisation. Cependant, dans les jardins, et malgré l’air légèrement adouci, les employés de la villa assistés d’une noria de jardiniers et de décorateurs, transpiraient à grosses gouttes. Les tondeuses, les sécateurs et les bruits caractéristiques d’un chapiteau que l’on dresse, tout cela se mêlait en un brouhaha qui eut dissuadé quiconque de s’adonner à la sieste, pourtant véritable institution en cette région et à fortiori en cette période de l’année.

             Marcella PARRETI, vêtue d’une ample robe de mousseline blanche  mettant en valeur le hâle de sa peau, la tête coiffée d’un large chapeau de paille, virevoltait de l’un à l’autre semblant épargnée par la touffeur ambiante. Au passage, lorsqu’elle traversait un contre-jour, la transparence de sa robe légère révélait à tous une silhouette parfaite. A 55 ans, elle affichait une beauté épanouie et n’éprouvait aucune gêne à déambuler ainsi sachant que sa position sociale la mettait à l’abri de toute réflexion désobligeante ou déplacée. Ce qui chez une fille du peuple eut pu passer pour de la provocation ou de la vulgarité n’était ici que classe et distinction (selon que vous serez puissant ou misérable, etc….). Par ailleurs, elle avait tant de choses en tête, tant de détails à régler, tant de difficultés diverses à gérer, qu’elle était à cent lieues de se préoccuper de ce que l’on pouvait penser d’elle. Francesca, qui l’assistait du mieux qu’elle pouvait dans toutes ses tâches, avait quand à elle revêtu une tenue mieux adaptée à la situation mais non moins provocante. Un short ultra court moulait une chute de reins à damner un saint. Ses longues jambes bronzées et musclées, d’où toute trace de cellulite était absente, attiraient tous les regards. Elle avait chaussé des savates de toile et de corde tout à fait adaptées aux nombreux kilomètres qu’elle avait parcourus depuis le début de la matinée dans le sillage de son inépuisable mère. Le haut de son corps était moulé dans un débardeur qui contenait à grand peine deux seins orgueilleux semblant épris de liberté et menaçant à tout instant de se libérer du carcan d’un soutien gorge à l’agonie. La sueur qui perlait au front des ouvriers s’affairant autour des deux femmes n’était de toute évidence pas seulement due aux conditions atmosphériques.

             On était Jeudi, donc à moins de 48 heures de la cérémonie, et la villa ressemblait à un immense chantier. Un homme cependant semblait garder les pieds sur terre et tout son calme au milieu de cette agitation fébrile. Massimo GARGIA, le célèbre « Jet-setteur », ami de longue date des PARRETI, avait accepté d’organiser la fête. Habitué à réaliser ce genre d’opération à la demande de grands noms du spectacle, de la mode ou des affaires, son carnet d’adresses était l’un des plus prestigieux du monde. Un peu flambeur, pique-assiette de luxe et beau parleur, après une carrière de gigolo mondain, les ans et les kilos venant, il avait habilement su se reconvertir en grand maître des cérémonies friquées. De SAINT-TROPEZ à DJERBA, en passant par NASSAU et MIAMI, il ne cessait d’être sollicité. Il avait eu une courte liaison avec Marcella alors qu’elle venait de quitter le capitaine de corvette CHEGWIDDEN, ne supportant plus les absences d’un homme qu’elle aimait mais qui semblait lui préférer la NAVY. Massimo l’avait séduite par sa fantaisie et sa folie à un moment où elle était en plein désarroi. Elle avait vite compris qu’il ne serait jamais un compagnon solide et fiable mais ils étaient restés amis. Quelques mois plus tard, elle rencontrait Vittorio PARRETI.

             Massimo avait connu Francesca alors qu’elle n’avait que trois ans et la jeune femme, depuis cette époque, l’avait appelé oncle Massimo. Par la suite il l’avait toujours gâtée, ne ratant ni un Noël ni un anniversaire même aux nombreuses époques de sa vie où il fut en difficultés financières. Jamais il ne le montra, cachant ses problèmes derrière sa faconde, sa bonne humeur et sa perpétuelle joie de vivre. Francesca avait beaucoup d’affection pour cet homme méconnu, sensible et bon.

             Massimo, en vieux routier de la chose, avait l’œil à tout et maîtrisait parfaitement la situation, ne se laissant pas gagner par l’agitation stérile de ces deux commanditaires. Pour lui, organiser un cocktail pour 800 personnes, puis un dîner et une fête pour 400 étaient des formalités comparé à tout ce qu’il avait jusqu’à ce jour réalisé un peu partout dans le monde. Il savait que tout serait prêt en temps utile d’autant qu’il était en avance par rapport au planning qu’il s’était fixé. Sous des dehors désinvoltes Massimo cachait une rigueur et un sens de l’organisation qui étaient la clé de son succès.

             A l’écart de toute cette agitation, mais excité comme rarement il l’avait été, Albert Jethro CHEGWIDDEN, A.J pour les intimes, n’était pas resté inactif. Il avait de son côté réglé quelques petites choses qui, pensait-il, devraient faire leur effet le moment venu. Il avait notamment rendu visite à son camarade de promotion et ami le vice-amiral Lewis FOWLEY à bord du porte-avions USS Enterprise, navire amiral de la 7ème flotte, actuellement à l’ancre en baie de NAPLES. Il était ressorti pleinement satisfait de l’entretien qu’il avait eu avec son vieux complice lequel, après avoir décroché sa 3ème étoile, devait prendre sa retraite en Octobre. Sa carrière étant faite, FOWLEY avait sans hésitation accédé aux demandes peu orthodoxes de son ami. Il risquait tout au plus de s’attirer une dernière fois les foudres du chef des opérations navales ce dont il se moquait comme de sa première chemise.

             Installé définitivement à la villa PARRETI depuis Août 2008, A.J avait renoué de tendres liens avec son ex-épouse Marcella et ils évoquaient sérieusement un prochain remariage à la grande joie de Francesca. L’amiral avait vendu sa maison de VIRGINIE avant la crise immobilière ce qui lui avait permis de réaliser une coquette plus-value. Il avait conservé ses deux appartements du centre de WASHINGTON qu’il louait à de hauts fonctionnaires du PENTAGONE. Tout cela, ajouté à sa confortable retraite de la NAVY, lui permettait de ne pas vivre aux crochets de Marcella, ce que sa fierté n’aurait pas supporté. Aujourd’hui, il était pleinement heureux ; il avait retrouvé l’amour de sa jeunesse, le seul qui n’ait jamais vraiment compté pour lui et un de ses vieux rêves, un fantasme presque, allait se réaliser enfin. Sa fille chérie allait épouser celui qu’il considérait comme l’homme idéal pour elle. Le capitaine de vaisseau Harmon RABB Junior était cet homme, mélange de défauts et de qualités qu’il appréciait, mais surtout capable de rendre Francesca heureuse. Ce grand dadais avait mis longtemps avant de se déclarer. A.J avait même craint un moment qu’un bellâtre italien vienne la détourner de celui qu’il était évident qu’elle aimait depuis leur première et brutale rencontre sur le parking du JAG à FALLSCHURCH. Il avait fallu des retrouvailles au Printemps 2008 à l’occasion de l’affaire BOWER (voir fanfic « voir Naples et aimer ») pour qu’enfin ces deux êtres, faits indiscutablement l’un pour l’autre, s’avouent leur amour réciproque. Ce qui n’aurait pu être qu’une aventure sans lendemain avait suivi son cours et de semaines en semaines il était devenu évident qu’il leur était de plus en plus difficile de vivre l’un sans l’autre. Les séjours de Harm à la villa PARRETI étaient devenus de plus en plus fréquents et ceux de Francesca à LONDRES s’étaient multipliés. L’amiral n’était pas prêt d’oublier le dernier réveillon de la SAINT SYLVESTRE. A la fin du dîner , qui réunissait Marcella, A.J, Francesca, Harm, Bud et Harriet, Sturgis et Varèse ainsi qu’un couple d’amis de Francesca, cette dernière et Harm, après l’échange traditionnel des vœux, s’étaient levés très émus, la main dans la main. Harm avait alors officiellement et de façon un peu désuète,  demandé à l’amiral la main de sa fille. Bien sur, on aurait pu penser que cette demande n’était que de pure forme. Il n’en était rien tant l’accord de l’amiral était important pour Harm. CHEGWIDDEN s’était alors levé, le visage grave, très digne et, la gorge nouée, avait assuré en son nom et en celui de Marcella que ce jour était le plus beau pour eux depuis la naissance de leur fille et qu’ils étaient heureux de la lui confier pour l’aimer et la protéger jusqu’à ce que la mort les sépare. Dans la foulée, les nouveaux fiancés avaient annoncé que la date du mariage était fixée au 08 Août 2008 en la cathédrale SAN GENNARO.

             Francesca avait aussitôt dressé la liste de ceux qu’elle voulait inviter, ses parents se livrant au même exercice de leur côté. En ce concernait Harm, tous ses amis du JAG seraient là. Ils avaient tous répondu présent à son invitation. Le général CRESWELL viendrait accompagné de sa fille ce qui ne serait pas pour déplaire à l’enseigne de vaisseau Micky ROBERTS. Sturgis et Varèse, Bud et Harriet, Jennifer, Jason TINER, le sergent GALINDEZ répondirent tous par l’affirmative au faire part qu’ils reçurent. Les ex coéquipières de Harm, Kate PIKE et Meg AUSTIN, viendraient accompagnées de leurs boy-friends respectifs. Tom et Mattie GRACE seraient là aussi ainsi qu’Elisabeth HAWKES et son mari. Le juge MORRIS, aujourd’hui retraité et peu rancunier, s’était montré ravi de l’invitation. Tom BOONE quitterait pour l’occasion et pour la première fois depuis son départ de la NAVY son ranch du MONTANA. Carolyn HINES, aujourd’hui avocate dans le civil, avait été heureuse de voir qu’on ne l’avait pas oublié au JAG. Thérésa COULTER avait été une des premières à répondre à l’invitation de Harm et Francesca. Enfin, Bobbie LATHAM et le secrétaire d’état SHEFIELD avaient assuré de leur présence. Quand à Clayton WEBB, un instant incertain (CIA oblige), il avait confirmé sa présence. La mère de Harm, Trish, et son compagnon Frank étaient déjà à NAPLES depuis 48 heures et récupéraient du décalage horaire dans une aile de la villa PARRETI à l’écart de l’agitation. Ils avaient été chargés d’organiser le voyage de noce après que les futurs mariés aient choisi leur destination. Enfin, l’aumônier TURNER avait accepté de sortir de sa  retraite et de venir bénir l’union du meilleur ami de son fils avec la fille d’un homme qu’il estimait tout particulièrement.

             Pour l’instant et pour quelques heures encore, Harm était loin de l’effervescence régnant dans la villa PARRETI. Dans la quiétude de son bureau londonien il bouclait un dernier dossier avant son départ pour trois semaines de congés. Pour la 3ème fois de l’après-midi, Bud venait de lui rappeler que leur avion décollait à 20h00 et qu’ils devaient être à HEATROW à 19h00 au plus tard. Harriet et les enfants les y attendraient. Ses pensées, inéluctablement, le ramenaient vers la seule personne dont l’absence viendrait apporter une ombre au tableau idyllique des journées à venir. Mac ne serait pas là. Elle vivait depuis 4 ans avec John FARROW qui avait été jadis son mentor et amant à OKINAWA. Il possédait une grande maison de bois au bord du lac ERIE non loin de CLEVELAND. Elle avait accepté de l’y suivre après avoir démissionné de la NAVY. Elle avait enfin compris qu’elle risquait d’attendre Harm toute sa vie. Lasse des atermoiements de l’homme qu’elle aimait, elle avait choisi la sécurité et la solidité que représentait à ses yeux John FARROW, de 15 ans son aîné.

 Mac avait très vite répondu à l’invitation de Harm. Sa lettre, très courte, disait ceci : 

« Merci pour votre invitation Harm. Je ne pourrais être parmi vous ce jour là car en réalité je ne le souhaite pas pour plein de raisons que vous comprendrez j’en suis persuadée. Vous aurez toujours une place particulière dans mon cœur et j’espère que dans le votre j’aurais toujours la mienne. Une autre a pris la première place et elle a beaucoup de chance. Je vous souhaite tout le bonheur du monde car vous le méritez. Embrassez Francesca pour moi et assurez-la de mon amitié.

 Affectueusement.

  Votre amie pour la vie.

  Sarah ». 

            Harm devinait la plupart des raisons sous-entendues par Mac. Il en était une qu’il était censé ne pas connaître mais que Bud n’avait pu lui cacher. Les ROBERTS étaient toujours restés en contact avec Mac et avaient même été lui rendre visite dans l’OHIO. Depuis quelques mois, la maladie, après une longue rémission, avait fini par rattraper Mac. Elle avait fait jurer à Bud de n’en rien dire à Harm dont il était le bras droit à LONDRES. Mais ce dernier n’avait pu se résoudre à cacher l’horrible vérité à son supérieur et ami. Depuis plusieurs semaines, la jeune femme se battait contre la maladie avec un courage admirable, en vrai marine qu’elle était restée. Son état physique s’était considérablement détérioré, elle avait perdu plusieurs kilos et ses cheveux partaient par touffes entières sous l’effet des traitements qu’elle subissait. John FARROW, admirable de dévouement et d’amour, se battait à ses côtés la soutenant de toute ses forces. Il avait mis sa propre vie entre parenthèses et ne vivait plus que pour elle, écoutant son souffle chaque nuit et remerciant le Seigneur chaque matin le de lui accorder un jour de plus. 

            Le premier réflexe de Harm avait été de courir au chevet de la jeune femme. Puis le courage l’avait abandonné. Il gardait l’image d’’une femme magnifique, désirable, pleine de vie et il reculait devant la perspective d’être mis en présence d’une loque, d’un être rongé par une terrible maladie. Il se déculpabilisait en pensant que Mac de son côté ne souhaiterait pas le voir dans l’état où elle se trouvait. Il chassa de son esprit l’idée que sa présence auprès d’elle eut pu avoir un effet bénéfique. Il n’imagina pas un instant qu’elle ait pu avoir, au crépuscule de sa vie, des choses importantes à lui dire. Et puis, tout à son bonheur, il fut tout simplement affreusement égoïste.

             Il rejoignit NAPLES avec les ROBERTS et leur petite famille par le vol prévu, au grand soulagement de Bud. A l’aéroport, Francesca les attendaient. Le chauffeur des PARRETI l’accompagnait au volant de la Maserati Quattroporte  familiale afin de prendre en charge les ROBERTS et leurs bagages. Harm prit place aux côtés de sa fiancée dans le cabriolet Mercedes CLK AMG que cette dernière venait d’acquérir preuve, s’il en était besoin, que ses affaires marchaient pour le mieux. Depuis peu, le parc automobile de la villa PARRETI s’était enrichi de la dernière acquisition de l’amiral, un monumental HUMMER, façon pour l’ex commando de marine de ne pas couper totalement ni avec l’armée ni avec l’ «american way of life ».

 Harm avait posé sa main sur la cuisse brulante de la jeune femme et d’un coup un bien être intense s’était emparé de lui. Il avait conscience d’avoir pris la bonne décision un peu comme un marin qui, après avoir bourlingué des années de port en port, trouve un jour l’île enchantée où il va enfin pouvoir poser son sac. 

Les heures qui suivirent furent un tourbillon ininterrompu d’obligations diverses dont les futurs époux s’acquittèrent de bonne grâce. Peu à peu leurs amis arrivaient et ils se firent un plaisir d’aller les accueillir un à un et de les conduire dans les différents bons hôtels de la ville où des chambres avaient été réservées à leur intention, le tout au frais du couple CHEGWIDDEN-PARRETI. Des limousines, louées chez une société spécialisée dans l’évènementiel haut de gamme, avaient été affrétés pour être à leur disposition le jour de la cérémonie afin de les conduire dans les différents lieux des festivités et les ramener à leur hôtel lorsqu’ils le désireraient. La veille du mariage, ainsi que le voulait la tradition, les invités mâles déjà arrivés, américains et italiens mêlés, arrachèrent Harm aux bras de Francesca pour l’entraîner dans une folle virée. En tête de la troupe bruyante un homme en imposait par son autorité. L’amiral CHEGWIDDEN s’était d’amblée imposé comme le meneur de cette bande de fêtard assoiffés ce qui n’était pas fait pour rassurer ni Harm ni Bud. Ils gardaient le souvenir tumultueux de la soirée d’enterrement de la vie de garçon de Bud soirée qui, après une bagarre générale, s’était terminée au poste de police le plus proche. Ils se rappelaient que l’amiral n’avait pas laissé sa part aux chiens et que dans l’affaire il n’avait pas été un élément modérateur bien au contraire. De son côté, Marcella PARRETI avait carrément loué pour une soirée les services de la troupe des CHIPPENDALES. La villa PARRETI avait été transformée l’espace d’une représentation en annexe de LAS VEGAS grâce au talent et aux relations de Massimo GARGIA. Les femmes qui avaient eu la chance (ou la malchance !!) d’arriver la veille, furent conviées à partager avec Francesca les agapes de sa dernière nuit de célibataire.

 La cérémonie du mariage qui se déroula le lendemain en la cathédrale SAN GENNARO de NAPLES fut de celles dont on parla longtemps après. Une noria d’imposantes berlines, allemandes pour la plupart, déversa pendant de longues minutes un flot d’invités sous les yeux des nombreux badauds ébahis qui, alertés par la rumeur publique, avaient bravé la chaleur torride qui écrasait la ville. Les uniformes d’apparat des officiers de la NAVY d’un blanc immaculé firent grand effet. Parmi eux, se détachait l’impeccable tenue de parade du lieutenant-général du corps des marines des Etats-Unis Gordon CRESWELL a qui sa fille donnait le bras. Les robes des femmes, pour la plus part sorties des boutiques des plus grands couturiers, étaient l’objet de commentaires élogieux et envieux. Mais tous attendaient les mariés. Alors que la quasi-totalité des presque mille invités avait pris place dans la nef de l’immense cathédrale, une Mercedes classe S d’un noir rutilant vint s’arrêter souplement au pied des marches du parvis. La mère de Harm, vêtue d’une longue robe de soie mauve, les cheveux relevés en un chignon piqué de perles, en descendit. Elle fit un petit geste complice à la foule qui l’applaudissait, toute surprise de tant d’attention. Elle ignorait qu’un panneau lumineux, installé face aux curieux à la demande de Massimo, leur indiquait l’arrivée des principaux protagonistes de cette cérémonie, leurs liens de parenté avec les mariés, leur position sociale, leur grade dans l’armée….Appuyés aux barrières métalliques qui avaient été disposées, ils pouvaient ainsi réagir selon l’importance des arrivants. Ils réservèrent un triomphe à Harm lorsqu’il descendit à son tour de la limousine. Sanglé dans son grand uniforme, toutes décorations dehors, il avait fière allure et plus d’une napolitaine, quelque soit son âge,  se surprit à envier la mariée. Il pénétra dans la cathédrale au bras de sa mère et rejoignit la place que lui désigna le maître de cérémonie.

 L’arrivée de la mariée dans la Maserati Quattroporte blanche de sa mère souleva l’enthousiasme. Beaucoup à NAPLES connaissaient Francesca depuis sa plus tendre enfance. Elle avait beaucoup contribué à restaurer l’image des PARRETI ternie par son beau-père. Elle s’était attachée à utiliser au profit des plus déshérités une partie de l’argent qu’il avait amassé dans des conditions le plus souvent douteuses. Tous considéraient que Vittorio PARRETI avait payé et qu’aujourd’hui Marcella et Francesca avaient le droit de vivre en paix. Le fait que le père de Marcella ait longtemps été le maire respecté de NAPLES avait fortement contribué à rendre aux deux femmes l’affection de toute une ville. Aujourd’hui, tous se réjouissaient du bonheur qui entrait de nouveau dans cette famille.

Francesca était superbe. Sa robe blanche, alliait la simplicité et la classe. Le décolleté « à l’italienne » affirmait haut et fort qu’elle était une vraie napolitaine. La robe s’évasait en une corolle vaporeuse que prolongeait une longue traîne portée par plusieurs enfants dont les jumeaux ROBERTS. Ses longs cheveux, tirés en arrière, étaient noués en une lourde tresse et piqués de quelques fleurs naturelles. Ses bijoux étaient ceux de la famille qui, en ce jour de bonheur, lui revenaient. Elle rayonnait et sa beauté éblouissait. Son père, en grand uniforme de contre-amiral de la NAVY, la conduisit jusqu’à l’autel. La fierté irradiait son visage. En regagnant sa place, aux côtés de Marcella, il fit un clin d’œil complice au sergent-artilleur GALINDEZ placé en bordure d’allée.

 Une fois encore l’aumônier TURNER sut trouver les mots justes. Il leur fit prendre conscience, sans être pompeux, de l’importance de leur engagement. Il leur dit avec des mots simples combien il avait confiance en eux et avec beaucoup d’humour leur fit comprendre que si dieu ne pouvait être partout, contrairement à ce que l’on dit,  lui serait là encore quelque temps pour vérifier la solidité de leur serment.

 Les témoins encadraient les mariés. Bud et Sturgis pour Harm et ses deux meilleures amies pour Francesca. Alors qu’ils allaient échanger les serments puis les anneaux, le sergent GALINDEZ se dirigea sur la pointe des pieds vers la sortie. Il avait un appel important à passer. En revenant à sa place, il adressa un signe du pouce à l’amiral qui guettait son retour. Harm et Francesca échangeaient alors un long baiser avec la bénédiction du père TURNER. L’amiral lança un tonitruant « hourrah hou » reprit par tous les américains présents, à la stupéfaction des autochtones peu habitués à ce genre de démonstration dans une église. Au même instant, venant de la baie, monta un souffle puissant et sonore. Tout ce que les bâtiments de la 7ème  flotte comportaient de trompes, de klaxons et d’avertisseurs divers venait d’être mis en action au commandement de l’amiral FOWLEY, le vieux complice d’A.J. La NAVY présentait à sa façon tous ses vœux de bonheur au capitaine de vaisseau Harmon RABB Junior et madame.

 La sortie des mariés se fit sous une arche de sabres tenus par douze officiers et tirés au clair sur un ordre de Sturgis, qui respectait là, en tous points, une vieille tradition de la NAVY : 

« Officiers, dégainez sabres. Voute d’acier, lames au vent. Voici pour la première fois en public le capitaine et madame Harmon RABB Junior ».

 Lorsque Francesca passa à sa hauteur, Sturgis lui frappa la croupe du plat de son sabre : « Pour la marine » lâcha t-il en souriant.

 Au dessus d’eux, passèrent alors à vitesse réduite 3 F-18 Hornet en formation rapprochée. A la verticale de la cathédrale, alors que toutes les têtes étaient levées vers eux, ils battirent des ailes pour saluer puis dans le fracas de leur post-combustion ils s’élancèrent à l’assaut des nuages. Arrivés au sommet de leur trajectoire deux d’entre eux redescendirent en dessinant un cœur à l’aide de fumigènes embarqués pendant que le troisième le transperçait comme une flèche. Puis après un dernier passage, ils s’éloignèrent pour regagner l’USS Enterprise. Les applaudissements fusèrent tant du public que des invités. L’amiral CHEGWIDDEN arborait un petit sourire ravi qui en disait long sur sa satisfaction d’avoir vu tout se dérouler avec un si parfait synchronisme. Il savait qu’il ne pouvait faire plus plaisir à son gendre et il lui tardait de retrouver FOWLEY au cours du cocktail pour le remercier et le présenter à Harm.

 La suite des festivités fut tout aussi réussie. Massimo avait bien fait les choses. Une immense tente d’un blanc immaculé avait été dressée sur la pelouse de la villa. Un plancher avait été posé afin d’isoler les invités de la fraîcheur nocturne peu probable compte tenu de la canicule diurne.  Les 400 invités avaient été regroupés par affinités et par tables de huit. Au centre de chacune des tables rondes, un chandelier à 5 branches avait été déposé et la vaisselle ainsi que l’argenterie fournies par le traiteur étaient de la meilleure qualité. Il faut dire que le traiteur lui-même était ce qui se faisait de mieux, quelque chose comme le Gaston LE NOTRE italien. L’orchestre sélectionné par Massimo était réputé dans tout le pays et avait déjà fait de nombreux passage à la télévision et enregistré de nombreux CD.

 Le cocktail qui précéda le dîner avait attiré près de 800 invités. La plupart étaient italiens, les relations de l’amiral ayant pour la majorité décliné l’invitation compte tenu de l’éloignement. Ceux qui étaient venus étaient bien sur également invités au dîner et allaient le plus souvent profiter de ce voyage pour découvrir le sud de l’ITALIE. Harm et Francesca ne se quittaient plus et allaient ensemble de l’un à l’autre, s’acquittant à merveille de leur rôle et ayant une attention pour chacun. Ils savaient qu’ils n’auraient pas beaucoup de temps à consacrer à leurs vrais amis mais comptaient se rattraper le lendemain lors du déjeuner plus intime qui les réunirait. La fin de l’après-midi ainsi que le dîner et la suite de la nuit se passèrent dans un tourbillon qu’ils ne maîtrisèrent pas toujours. Ils se laissèrent emporter, étourdis par l’avalanche de compliments, de vœux de bonheur, d’étreintes et d’embrassades. Vers 03h00 du matin, ils s’éclipsèrent discrètement laissant les invités encore d’attaque continuer sans eux jusqu’aux premières lueurs de l’aube. La nuit qu’ils passèrent dans le petit appartement que possédait Francesca près de l’une de ses boutiques ne fut pas celle qui resterait le plus longtemps gravée dans leurs mémoires. Ils étaient épuisés et quelque peu éméchés aussi sombrèrent-ils comme des masses dans un profond et réparateur sommeil. Des nuits torrides, ils en avaient déjà eu et en auraient d’autres mais cette nuit là, la fatigue eut raison de leur désir. Harm avait pu quand même sacrifier à la tradition qui veut que le marié porte la mariée dans ses bras pour franchir la porte de la chambre nuptiale. Mais il avait exécuté cela au risque de se rompre le cou et de briser celui de Francesca.

 La qualité des mets et des vins leur évita la « gueule de bois » et ils purent se présenter frais et dispos au repas du lendemain auquel n’étaient conviés que les proches, parents et amis unis dans la même joie de partager le bonheur de deux êtres aimés. Ce « petit repas » réunissait quand même près d’une centaine de convives mais il leur permis de passer un peu plus de temps avec chacun et de les remercier en particulier d’avoir été là. Harm et Francesca croulèrent sous les invitations, répondant favorablement à toutes sans fixer de date en sachant déjà celles qu’ils n’honoreraient pas dans l’immédiat et celles qui auraient leur priorité. 

Le lendemain, ils partaient en voyage de noce. Lorsqu’il était à l’académie navale d’ANNAPOLIS, Harm fréquentait  un groupe de midships fous de surf. Lui-même, enfant de CALIFORNIE, était un adepte de ce sport de glisse et d’équilibre dont il lui arriva par la suite d’utiliser certains des principes dans son pilotage. Mais jamais ce sport n’avait été sa passion première. A l’inverse, ses camarades surfers consacraient toutes leurs économies à leur passion et chaque année ils partaient en France, plus précisément sur la Côte Basque où pendant 15 jours ils écumaient tous les spots de la région. Ils vivaient sous la tente, se lavaient peu, mangeaient peu, consacrant l’essentiel de leurs économie à payer le voyage et le transport de leurs planches. Au retour, ils abreuvaient Harm du récit de leurs exploits, de la description des vagues souvent plus belles que celles de CALIFORNIE, de la beauté du Pays Basque et de celle des basquaises, un peu trop farouches à leur goût. De tout cela, Harm avait retenu des noms : BIARRITZ, HOSSEGOR, ANGLET, SAINT JEAN DE LUZ, et gardé l’envie de découvrir un jour ce pays. Lorsqu’il avait proposé à Francesca d’y passer leur lune de miel elle avait accepté sans hésiter. L’essentiel pour elle était d’être seule avec Harm. Il lui aurait suggéré la TERRE ADELIE qu’elle aurait aussitôt dit oui.

             Trisch et Frank, chargés de la logistique de ce voyage, avaient bien fait les choses. Ils leur avaient réservé une suite à l’hôtel du PALAIS à BIARRTIZ, avec vue sur l’Océan et tous frais payés car bien sur il s’agissait du cadeau de mariage de la mère de Harm et de son compagnon. De ce lieu stratégique de la Côte Basque française, ils pourraient faire des incursions au Pays Basque espagnol, SAINT SEBASTIEN, PAMPELUNE et BILBAO étant peu distantes de BIARRITZ. En cette saison où les corridas battaient leur plein ils pourraient même marcher dans les traces d’Ernest HEMINGWAY, illustre amoureux de cette terre de liberté, de marins et d’hommes fiers.

             Les jeunes mariés avaient prévu trois jours pour rejoindre leur destination afin de découvrir le sud de la France. Marcella avait mis à leur disposition sa Maserati Quattroporte mieux à même de transporter la tonne de bagages de Francesca que le minuscule coffre du cabriolet de la jeune femme.

             Leur séjour français se passa comme dans un rêve. Francesca tomba littéralement amoureuse du Pays Basque. Mille endroits l’enchantèrent, mais deux en particulier exercèrent sur elle une attirance particulière à tel point qu’ils y revinrent à plusieurs reprise durant ces deux semaines. Le premier fut le Rocher de la vierge à BIARRITZ. Ils y allèrent la première fois de nuit attirés comme des lucioles par le mystère de l’éclairage artificiel. Depuis leur arrivée, ils faisaient l’amour plusieurs fois par jours, jamais rassasiés de leurs corps, toujours prêts pour de nouveaux jeux amoureux, ouverts à tous les fantasmes. Et là, en ce lieu si fréquenté, ils parvinrent à trouver un endroit à l’écart, une sorte de grotte naturelle, cachée des regards par un arbuste bienveillant, où ils purent faire l’amour à la sauvette. Pas sûr que nul ne les ait vu mais une certaine complicité existait entre les êtres en cette heure et en ces lieux qui permettait toutes les audaces. Le second lieu fut à BAYONNE les rives de la rivière NIVE, affluent de l’ADOUR qui, à peu de distance, se jette dans l’Océan Atlantique. En cet endroit, appelé  « le Petit Bayonne », les minuscules bistrots, les restaurants pittoresques et les bars à tapas se pressent en enfilade. Leurs terrasses aux nappes vertes et rouges débordent sur l’étroite rue qui les sépare de la rivière et le soir venu le soleil couchant embrase les façades de la rive gauche. Là aussi le charme opéra et Francesca se sentit d’amblée comme chez elle. Harm de son côté estima que ses camarades de promotion ne lui avaient pas dit la vérité sur ce pays. Il était beaucoup plus beau et beaucoup plus chaleureux qu’ils ne l’avaient décrit.

             Ils prirent aussi le temps, en adultes responsables, de planifier ce qui désormais allait être leur vie de couple. Tout cela était nouveau pour eux. Le fait qu’ils soient habitués l’un comme l’autre à prendre des décisions seuls sans avoir à en référer à quiconque et sans se préoccuper de l’avis ou de l’opinion de qui que ce soit n’était pas aujourd’hui sans leur poser quelques problèmes d’adaptation. Bien décidés à les résoudre au plus vite, ils avaient arrêté les décisions suivantes. Harm devait quitter son poste londonien pour rejoindre WASHINGTON d’ici un an environ. Pendant cette période, ils passeraient tous leurs week-end et leurs vacances ensemble et saisiraient la moindre opportunité pour se retrouver. Francesca mettrait à profit ce délai d’un an pour organiser la gérance de ses boutiques de prêt-à-porter haut de gamme de NAPLES, ROME et MILAN. A l’automne 2010, elle suivrait Harm aux Etats-Unis. Elle avait de nombreuses relations sur la côte Est et avait déjà reçu des propositions pour s’y installer. Nul doute qu’elle s’y ferait rapidement une place enviable. De son côté Harm devait rejoindre le PENTAGONE comme conseiller spécial du Secrétaire d’état à la marine, poste qu’il devait occuper pendant deux ans avant de succéder au général CRESWELL dans le fauteuil de Juge Avocat General de la NAVY. Durant ce séjour américain, ils rentreraient en Europe lors des congés de Harm et chaque fois que possible. Francesca y ferait des voyages éclairs et inopinés de temps à autre afin de s’assurer de visu de la bonne marche de ses affaires. Enfin, à la retraite de Harm, dans 10 à 12 ans, ils partageraient leur temps entre l’Italie et la Californie, comptant opter définitivement pour l’Europe le jour où Harm n’aurait plus d’attaches sur la côte Ouest. Une fois qu’ils eurent ainsi arrêté leurs décisions, ils se sentirent soulagés, comme délivrés d’un poids et prêts à affronter la vie à deux.

             Le jour qui précéda leur départ restera à jamais gravé dans la mémoire de Harm. Ils avaient fait servir le petit déjeuner dans leur suite lorsque le téléphone sonna. Francesca décrocha, habituée que sa chère maman appela à cette heure, la seule où elle était sûre de les trouver. Très vite, le visage défait, elle passa le combiné à Harm. Au bout du fil, depuis FALLSCHURCH, d’une voix blanche et en quelques mots qui avaient de la peine à quitter ses lèvres, le général CRESWELL apprit à Harm l’horrible nouvelle. Le colonel FARROW avait tué Sarah MACKENSIE d’une balle de calibre 45 à bout portant. Mac, après autopsie serait inhumée dans 48 heures dans le cimetière de la bourgade de HOCKING dans le conté de CUYAHOGA, à quelques kilomètres de CLEVELAND. Une grande partie des membres du QG du JAG se rendrait aux obsèques. Le général laissait à Harm le soin de prévenir l’amiral CHEGWIDDEN et Bud. Il ajouta qu’il n’en savait pas plus et qu’ils se verraient surement là-bas.

             Lorsqu’il reposa le combiné, Harm était livide, incapable de prononcer le moindre mot. Francesca s’approcha de lui et le serra dans ses bras avec une force dont il ne l’aurait pas cru capable. Alors, oubliant toute fierté ridicule, tout machisme  déplacé, il fondit en larmes cachant son visage dans le cou de son épouse. Pendant un long moment, il fut secoué de sanglots. Francesca respecta sa douleur et attendit qu’il se reprenne. Elle lui proposa alors d’appeler elle-même son père et Bud ce que Harm accepta. De son côté, il se mit en quête des horaires d’avions pour les Etats-Unis. Il agissait comme un automate, n’arrivant à réaliser que Mac avait quitté cette terre, qu’il ne la verrait plus. Cette idée lui était intolérable. Francesca décida de le laisser aller seul aux obsèques de Mac. Elle rentrerait le lendemain en Italie. Ils eurent une longue conversation au cours de laquelle la jeune femme fut merveilleuse de lucidité et de compréhension. Elle dit à Harm qu’il devait prendre tout son temps. Il devait faire son deuil et la paix avec sa conscience et avec cette femme qui comptait tant pour lui. Il était toujours temps pour ces choses là pour peu que l’on sache s’y prendre. Et puis peut-être ce John FARROW, qui devait être terriblement malheureux, aurait-il besoin de lui, de lui parler. Elle demandait seulement qu’il la tienne régulièrement au courant.

             En début d’après-midi, il prit un TGV en gare de Biarritz qui devait l’emmener à Paris. De là, il prendrait un avion pour Détroit afin d’être à temps dans l’Ohio pour assister aux obsèques de Mac.

            La cérémonie était fixée à 15h00 dans le petit cimetière d’Hocking, une grosse bourgade de 4000 habitants près de laquelle, quelques années auparavant, John FARROW avait choisi de faire construire une grande et confortable maison forestière, à quelques encablures du lac Erié et dans laquelle il comptait finir ses jours. Le taxi de Harm s’arrêta à l’entrée du cimetière alors que le cortège funèbre y pénétrait. Il fut frappé par la foule qui se pressait derrière le fourgon mortuaire. Le soleil dardait ses rayons, le ciel était d’un bleu intense, les oiseaux chantaient et une atmosphère de paix et d’intense sérénité régnait sur les lieux. A grandes enjambées il rejoignit le petit groupe formé par les membres du JAG qui, spontanément, faisaient corps autour de l’amiral CHEGWIDDEN et du général CRESWELL qui se tenaient côte à côte. Harm était en uniforme ainsi que tous ses collègues. Le général CRESWELL avait en obtenu que Mac ait des funérailles militaires et un peloton de marines, en uniforme de cérémonie, se tenait prêt à officier. Il y avait là Sturgis TURNER et son amie Varèse, Bud et Harriet, Jason TINER, le sergent GALINDEZ, Jennifer COATES, Gregory VUKOVIC, la députée LATHAM, Clayton WEBB, le capitaine MATTONY, Carolyn HINES et quelques autres officiers qui avaient apprécié Mac et avaient tenu à être là. Harm avait quitté la plupart d’entre eux quelques jours auparavant au sortir de deux jours de fête et de joie et ne pensait pas les retrouver si vite et dans de telles circonstances.

 Au premier rang se tenait John FARROW. En retrait, le shérif du conté et un de ses suppléants l’encadraient. Il n’avait pas de menottes. Vouté, la tête basse, il semblait avoir subitement vieilli de plusieurs années. Tassé sur lui-même, il n’était plus que l’ombre de l’officier sûr de lui et parfois arrogant qu’il avait été. Harm avait devant lui un homme brisé. 

            Harm nota immédiatement que tous, y compris le shérif, étaient prévenants à l’égard de John. Personne ici ne semblait le considérer comme un meurtrier et tous partageaient sa peine. Un cocon protecteur de compréhension et d’affection semblait s’être constitué autour de lui dans ce petit cimetière inondé de soleil.

             La cérémonie fut simple, à l’image de Mac. Les salves firent sursauter l’assistance et s’envoler les oiseaux qui très vite reprirent leurs chants. Le drapeau qui couvrait le cercueil de chêne fut replié selon la tradition. Il eut alors un moment de flottement, le sergent commandant le peloton ne sachant à qui le remettre. L’amiral CHEGWIDDEN s’avança alors, le lui prit des mains et vint le déposer dans celles de John FARROW en un geste lourd de signification. Cela signifiait que ses pairs comprenaient son geste et ne lui en tenaient pas rigueur. Il se redressa alors pour la première fois depuis le début de la cérémonie, se figea dans un garde à vous réglementaire et remercia l’amiral d’une voix brisée par l’émotion.

             Lorsque vint son tour, Harm jeta une poignée de terre sur le cercueil déposé au fond de la fosse. Les larmes coulaient sans discontinuer sur ses joues mais il en avait cure. Mac gisait dans cette boîte, sans vie et déjà la décomposition devait avoir commencé son œuvre. Il ne pouvait l’accepter car pour lui Mac c’était la vie et l’énergie personnifiées. Elle avait encore tant de choses à vivre. Il ressentait comme une injustice terrible ce qui arrivait et avait un besoin vital de comprendre. Il ne quitterait ces lieux que lorsqu’il aurait eu les réponses à ses questions et qui mieux que John FARROW lui-même pouvait les lui fournir. 

            Il fit part de sa décision de rester à son beau-père et au général CRESWELL. Ce dernier l’assura de son soutien. Il pouvait rester à Hocking le temps qu’il faudrait, d’autant que le procès aurait lieu rapidement, vraisemblablement dans les 15 jours. Le général avait tenté en vain d’obtenir un procès militaire, la victime et son meurtrier relevant tous les deux du cadre de réserve, mais l’Attorney général de l’état de l’Ohio s’y était opposé. Dès qu’il fut arrivé à son hôtel, le seul du village, Harm avait appelé Francesca pour lui faire part de sa décision. Elle l’avait approuvé et l’avait assuré de tout son amour. Dès le lendemain, il avait commencé ses investigations, réservant sa première visite à John FARROW qui, dans sa cellule de la prison du conté, avait été avisé par le bureau du procureur que le capitaine de vaisseau Harmon RABB Junior du JAG désirait s’entretenir avec lui.

             Il trouva un homme différent de celui brièvement entrevu la veille au cimetière. Ce qui frappa Harm c’est l’impression de sérénité qui semblait désormais habiter l’ex colonel des marines. Il avait le comportement du soldat ayant accompli son devoir et qui se tient prêt à assumer les conséquences de ses actes. Il remercia Harm d’être venu. A la demande de l’officier du JAG, et malgré ce qui lui en coûtait, il raconta ce qui s’était passé le soir du drame.

 Farrow : « Depuis deux semaines l’état de Mac avait brutalement empiré. Les doses de morphine, de plus en plus massives, ne parvenaient plus à la soulager. La douleur était constante, le cancer s’étant généralisé et ayant atteint les os. Les calmants provoquaient chez elle des hallucinations et peu à peu il lui semblait glisser vers la folie. Elle avait pratiquement cessé de s’alimenter et ne prenait plus que des bouillons qu’elle vomissait la plupart du temps. C’est en lui montant une tisane, que je l’ai trouvée gisant sur le plancher de la chambre, un automatique Smith et Wesson calibre 45 à ses côtés. Je l’ai soulevée et portée dans son lit. Elle m’a alors expliqué qu’elle voulait en finir, qu’elle avait réussi à sortir son révolver du tiroir de la commode mais qu’elle n’avait pas eu la force de le soulever. Elle m’a supplié de l’aider. Une nuit terrible a alors commencé. Avec une énergie dont je ne l’a croyais plus capable elle n’a cessé de me harceler. Elle a fait appel à mon amour pour elle, à mon devoir de soldat vis-à-vis d’un camarade agonisant et au fait que je ne ferais que raccourcir sa vie de quelques heures puisqu’elle était condamnée. A bout d’arguments, elle a même dit que vous, vous auriez eu le courage de le faire parce que vous l’aimiez vraiment. Pendant des heures, elle a ressassé en boucle les mêmes arguments, son visage si beau naguère déformé par la souffrance. J’ai alors fini par craquer après qu’elle m’ait fait jurer de vivre après l’avoir tuée afin de  réaliser en sa mémoire tous les projets que nous avions ensemble, pour fleurir sa tombe et pour parler d’elle à nos amis. A sa demande j’ai mis le canon de l’arme dans sa bouche, elle a refermé ses mains sur la mienne et c’est elle qui a trouvé la force d’appuyer sur la détente après m’avoir offert un regard plein de tendresse et de reconnaissance qui m’accompagnera jusqu’à mon dernier souffle. Voilà Harm, vous savez tout. Suis-je un salaud, un assassin ? Peut-être. Aurais-je du mettre fin à mes jours ? J’y ai pensé, mais j’avais juré de vivre et de porter ce fardeau toute ma vie. Après y avoir longuement réfléchi, je suis prêt à affronter mes juges et à accepter leur verdict tout en pensant sincèrement que j’ai agi en soldat aidant un compagnon d’armes à mourir dignement. Je suis persuadé que c’est cela que voulait Mac, car elle était restée un marine ». 

            Lorsque FARROW se tut, la décision de Harm était prise : il allait le défendre, car il le croyait et le comprenait et puis il devait bien ça à Mac. Le récit sincère et émouvant de John FARROW avait permis lui avait d’arrêter sa ligne de défense. En partant, John lui avait remis une liste de gens qui avaient bien connu Mac et dont le témoignage pourrait être utile. Il commença par le docteur Andrew CONLEY, le médecin qui suivait Mac depuis le début de la réapparition de la maladie. Il confirma les dires de John et se déclara prêt à témoigner en faveur de l’ex marine. En raccompagnant Harm il lui avoua qu’il aurait sans aucun doute fait la même chose s’il avait été à la place de FARROW. Il aurait bien sûr utilisé une autre arme mais le résultat aurait été le même. Il était prêt à répéter cela au tribunal.

             Tous les amis du couple que rencontra Harm se déclarèrent spontanément prêts à témoigner en faveur de John FARROW. Peu à peu, en laissant parler ceux qui l’avaient côtoyé  au cours des dernières années, il découvrait une Mac qui lui était inconnue. Une femme à l’écoute des autres, ouverte et heureuse de vivre. Elle était très impliquée dans la vie du petit village et, à la demande du maire, elle devait faire partie de la prochaine équipe municipale. Membre d’une association locale de défense des consommateurs, elle donnait gratuitement des conseils juridiques et avait monté les dossiers de nombreux habitants du conté qui, grâce à elle, avaient eu gain de cause. En peu de temps, elle avait su s’intégrer et avait été adoptée par les membres la petite communauté. Harm comprenait mieux pourquoi tant d’habitants de Hocking avaient assisté aux funérailles. Il découvrit aussi avec émotion que Mac parlait souvent de lui à ses amis. En effet, elle évoquait fréquemment son meilleur ami, un collègue avocat et pilote avec qui pendant 9 ans elle avait vécu des aventures palpitantes qu’elle racontait avec beaucoup de plaisir à qui voulait l’entendre. Ainsi, il avait continué à faire  partie de sa vie.

             Il consacra les deux jours qui suivirent à étayer son dossier et lorsqu’il se sentit prêt il revint voir John FARROW. Ils plaideraient coupable en s’appuyant sur les témoignages des amis de Mac qui tous excusaient et comprenaient le geste de John. Aucune partie civile ne s’étant déclarée dans cette affaire, leur seul adversaire serait le procureur qui représenterait le ministère public. Le procès ayant été fixé au 15 Septembre, il décida de faire un aller et retour en Europe afin de passer quelques jours à Londres où Francesca viendrait le rejoindre. Leurs retrouvailles furent des plus tendres et Harm se noya dans le corps superbe de la jeune femme avec une volupté et un plaisir décuplés. Il avait plus que jamais besoin de son amour et elle répondit à toutes ses attentes avec un plaisir non dissimulé. Elle se révéla une épouse attentive et sut trouver les mots pour apaiser sa douleur. Le début de leur vie conjugale n’était pas celui dont ils avaient rêvé, les évènements venant mettre à dure épreuve la solidité de leur amour. Mais ils avaient aussi conscience que cette épreuve était une sorte de test pour eux et que de sa réussite dépendait toute la suite de leur vie de couple.

             Le procès de John FARROW commença à 10h00 le mardi 15 Septembre 2009 au tribunal de CLEVELAND. Le juge STAINBRIDGE, un vieux routier du barreau de l’Ohio, présidait les débats. Le procureur était Tom SPARKS, réputé pour son honnêteté, sa droiture et son sens de l’éthique. Sa réputation n’était pas surfaite, car le procès fut d’une grande dignité. A aucun moment les débats ne sombrèrent dans la polémique procédurière, dans la mesquinerie ou dans l’ignominie. Le souci permanent de tous fut le respect de la victime et de l’accusé ainsi que la volonté de parvenir à un verdict le plus juste et équitable possible. Un procès que Mac aurait aimé. Le jury était composé de 6 hommes et 6 femmes. La déclaration préliminaire du procureur SPARKS fut brève, sans emphase et dénuée d’agressivité. En bon professionnel, il s’attacha à démonter l’argument principal de la défense à savoir que c’était par amour et à la demande de celle-ci que John FARROW avait voulu abréger les souffrances de sa femme. Pour lui nul n’avait le droit de délibérément donner la mort et rien ne pouvait exonérer John FARROW de sa responsabilité. Prêt à envisager des circonstances atténuantes, il réclamait une condamnation minimum de 20 ans de réclusion criminelle.

             Harm cita 8 témoins. Parmi tous ceux qui s’étaient portés volontaires, il les avait retenus parce qu’ils étaient les meilleurs amis de Mac et que malgré cela ils n’avaient aucun ressentiment à l’encontre de John. Le témoignage du docteur CONLEY fut prépondérant, d’autant que l’accusation ne put (ou ne voulut pas ?) produire d’expert pouvant attester que l’état de Mac n’était pas aussi désespéré qu’il l’affirmait. Il répéta au tribunal que, placé dans la même situation, il eut fait la même chose. La déclaration sous serment du maire d’Hocking, qui parla de Mac avec beaucoup d’émotion, impressionna beaucoup les jurés. Alors que le juge l’invitait à rejoindre sa place, il se dirigea vers John et lui serra longuement la main en le remerciant d’avoir délivré Sarah du mal qui la rongeait et de lui avoir ouvert les portes d’un monde meilleur. Les protestations du procureur et du juge manquèrent singulièrement de véhémence, saisis qu’ils étaient eux aussi par l’intensité dramatique du moment.

             Le procureur SPARKS n’avait que ses seuls arguments juridiques à opposer au flot d’émotion et de compassion qui s’était déversé dans le tribunal au cours des deux journées d’audience. Son réquisitoire  frôla la faute professionnelle tant il fut empreint de retenue et presque conciliant à l’égard du prévenu. Dans ses conclusions, il incitait toujours le jury à condamner John FARROW mais ne parlait plus de 20 ans et s’en remettait au bon sens des jurés pour fixer la durée de la peine.

            La plaidoirie de Harm fut également très courte. Les témoins avaient fait l’essentiel et l’indulgence du réquisitoire du procureur lui facilitait la tâche. Il n’eut pas à cœur de gâcher l’excellente tenue de ce procès en insistant sur le peu de conviction de l’accusation, chose qu’il aurait fait en d’autres circonstances. Il s’en remettait lui aussi au bon sens du jury. Il ne fut pas déçu. Moins de 2 heures plus tard, les jurés rendaient leur verdict à l’unanimité des 12 membres. Ils acquittaient John FARROW considérant que la justice humaine n’était pas compétente en la matière et que seule la justice divine pourrait éventuellement lui demander des comptes le moment venu. Ils considéraient que le fardeau qu’il avait à porter désormais et avec lequel il allait devoir vivre était une peine suffisante pour un homme d’honneur comme lui. Le procureur SPARKS ne fit pas appel.

             A l’énoncé du verdict, John FARROW prit la main de Harm et la serra à la briser. Le temps de remplir quelques formalités, il fut libre vers 17h00 et ils regagnèrent ensemble le paisible village d’Hocking dans la voiture que Harm avait louée pour la suite de son séjour. Il  avait prévu de partir le lendemain matin. Ils dînèrent ensemble dans une petite auberge du centre bourg. Les habitants, au courant du verdict, respectèrent leur tranquillité. Seuls quelques gestes furtifs de la main, une légère tape dans le dos au passage, un sourire échangé, une main qui serre le bras, furent les manifestations de sympathie des habitants rencontrés, à l’intention de John. Tous respectaient sa douleur et ne désiraient pas l’importuner mais seulement lui faire savoir qu’ils étaient contents d’une telle issue.

             Les deux hommes se séparèrent vers 23h00. Ils avaient beaucoup parlé de Mac bien sur mais John avait aussi voulu en savoir plus sur Francesca. Ils savaient qu’il y avait peu de chance pour qu’ils se revoient un jour. Au moment de se quitter, c’est John qui prit la parole :

 John : « Passez la voir en partant, elle sera contente. Merci pour tout Harm et prenez soin de vous ».

             Ils échangèrent une virile accolade puis, sans se retourner John FARROW monta dans sa voiture et bientôt disparu à l’angle de la première rue. Il regagnait la solitude de sa  grande maison où il allait devoir effacer les traces du drame et réapprendre à vivre sans Sarah MACKENSIE. 

            Le lendemain avant de partir, Harm se rendit dans le petit cimetière. Les habitants du village avaient du  venir chaque jour arroser et renouveler les fleurs qui recouvraient la tombe car elles étaient encore éclatantes de fraîcheur.  Elles avaient été un écartées au centre pour laisser apparaître le médaillon renfermant une photo de Mac en uniforme de lieutenant-colonel du Corps des marines. Elle lui souriait, radieuse, conforme à l’image qu’il garderait à jamais d’elle, « for ever young ». Il ne put une nouvelle fois retenir ses larmes et les laissa couler sans honte. Il murmura quelques mots puis s’agenouilla et passa sa main sur le visage qu’il avait tant aimé.

             En quittant Hocking, il avait décidé de passer par le QG du JAG à FALLSCHURCH pour effectuer une sorte de pèlerinage. Ensuite il restituerait la voiture de location chez Hertz et prendrait son vol pour l’Italie qui devait décoller de Foster DULLES vers 22h00.

             Il s’arrangea pour arriver à FALLSCHURCH vers 19h30, à une heure où il savait que les bureaux seraient vides. Ses habilitations lui permettaient d’accéder au QG du JAG à toute heure. Après s’être assuré de l’identité du visiteur et avoir fait les vérifications utiles, le marine de garde l’avait autorisé à pénétrer dans le parking. Dans le bâtiment, seuls restaient les membres du service de sécurité et les femmes de ménage s’affairant dans les bureaux déserts. L’une d’elle, qui était là depuis des années, reconnu Harm et lui adressa un sourire auquel il répondit d’un geste de la main. Il s’approcha de l’ex bureau de Mac qui, à en croire la petite pancarte au dessus de la porte, était désormais celui du capitaine de corvette VUKOVIC. Il ne fut pas surpris d’y trouver Mac, assise derrière son bureau, penchée sur un dossier, à demi cachée par l’ordinateur qui encombrait son bureau. Dans le bureau qui avait été le sien et qui désormais était celui de Sturgis, elle était également là, debout, appuyée au mur, essayant de le convaincre du bien fondé d’une de ses théorie. Dans la tisanerie, elle l’avait accompagné afin d’avoir avec lui un de ces tête-à-tête souvent interrompu par Bud, Harriet ou l’amiral. Enfin, alors qu’il partait, il avait entendu ses pas derrière lui et avait tenu la porte de l’ascenseur afin qu’elle puisse y entrer les bras chargés de dossiers. Elle l’avait remercié d’un large sourire. Sur le parking, il avait cru voir, à sa place habituelle, la Chevrolet Corvette rutilante de son amie et là, assise sur la terrasse ombragée c’était encore elle dévorant à belles dents un de ces sandwichs saturé de graisses dont elle raffolait. Elle était partout. Au lieu d’inquiéter Harm, cette omniprésence de Mac le rassura. Elle ne l’avait pas vraiment quitté et il savait que dans trois ans elle serait encore là. Il avait trouvé son ange gardien. Un franc sourire éclairait son visage lorsqu’il quitta le QG du JAG.

             Francesca l’attendait à l’aéroport de NAPLES. Elle était soucieuse. Quel Harm allait-elle retrouver : celui d’avant le drame ou un homme brisé, désespéré d’avoir perdu la femme qu’il aimait. N’allait-il pas ouvrir les yeux et s’apercevoir qu’elle, Francesca, n’avait été qu’une aventure dans les bras de qui il avait en vain tenté d’oublier Mac. Bien sûr, il l’avait appelé tous les jours depuis l’Ohio, lui répétant chaque fois combien il l’aimait et cela la rassurait un peu. Mais il lui tardait de le voir, de le serrer contre elle, de l’entendre lui dire qu’il l’aimait, les yeux dans les yeux. Là seulement elle serait fixée. Lorsqu’elle le vit arriver au sommet de l’escalator qui déversait son flot de voyageurs dans le grand hall, elle resta figée incapable d’aller vers lui. Il fit quelques pas dans sa direction, s’arrêta, posa son sac et, un large sourire éclairant son visage, il ouvrit tout grand les bras. Elle n’attendait que ça et se rua vers lui. Dans un même élan elle noua ses bras autour de son cou et, décollant du sol, elle enserra sa taille de ses deux jambes nouées. Plusieurs passagers se détournèrent attendris par ce spectacle rafraîchissant de bonheur et de joie spontanée. Le baiser que les jeunes mariés échangèrent fit s’envoler d’un coup toutes les appréhensions de Francesca. Elle avait retrouvé « son Harm ».

             Ils décidèrent de passer cette première soirée de retrouvailles dans le petit appartement napolitain de la jeune femme. Marcella et A.J, qu’ils eurent au téléphone, ne s’en offusquèrent pas comprenant parfaitement qu’ils aient besoin de se retrouver dans l’intimité de leur couple après l’agitation et les émotions des derniers jours.

             Après avoir longuement fait l’amour, ils dînèrent légèrement, picorant tour dans l’assiette de l’autre comme des gamins. Puis, Harm devint subitement sérieux.

 Harm : « Mon amour, il faut que je te parle. Ca ne peut pas attendre et ça risque d’être long. Il serait préférable que l’on s’installe confortablement ».

             Francesca eut l’intuition que quelque chose d’important allait se produire. Elle éteignit les deux lampes qui diffusaient déjà une lumière tamisée pour ne laisser comme seul éclairage celui des quatre bougies d’un chandelier en argent. Elle prit Harm par la main et l’attira vers le confortable canapé ou elle s’assit l’invitant à s’allonger, ce qu’il fit de bonne grâce. La tête posée sur les genoux de sa femme, Harm se sentait parfaitement bien. Elle prit sa main, déposa un baiser sur son front et murmura : « Je suis prête, je t’écoute ».

             Après quelques secondes d’hésitation, Harm commença à parler. Et ce fut alors comme un barrage qui cède sous la pression des eaux, comme une digue emportée par la marée ou comme la lave d’un volcan trop longtemps retenue dans les entrailles de la terre. Ce qu’il n’avait jamais été capable de faire, ni avec Annie, ni avec Jordan, ni avec Renée et encore moins avec Mac, il le fit avec Francesca. Il se libéra et laissa parler son cœur comme jamais il ne l’avait fait. Tout y passa : son enfance, son adolescence, l’Académie, sa longue quête pour retrouver son père, la mort de celui-ci, ses rapports avec sa mère, la mort de Jordan, Annie et Josh, Renée, son amour pour Mac, la mort de celle-ci et son émotion incontrôlable, son passage à FALLSCHURCH et cette impression troublante que son amie serait toujours à ses côtés et puis son amour profond pour elle, Francesca, qu’il voulait rendre heureuse chaque jour de leur vie. Les bougies étaient éteintes depuis longtemps lorsqu’il s’arrêta et seul le réverbère le plus proche diffusait une faible lueur dans la pièce. A aucun moment Francesca ne l’avait interrompu, se contentant de passer de temps à autre sa main sur son front ou dans ses cheveux en une caresse aérienne. Elle avait envie de crier de bonheur tant elle était heureuse. A plusieurs reprises elle avait laissé couler des larmes d’émotion et de bonheur. Elle avait conscience de l’immense et unique cadeau que lui faisait Harm. Il avait fallu le choc de la mort de Mac pour qu’enfin il laisse parler ses émotions trop longtemps refoulées. Lui-même se sentait merveilleusement bien, libéré de ce poids qui depuis toujours l’oppressait, libéré de cette incapacité qu’il avait à laisser parler ses sentiments. Francesca remerciait la pauvre Mac d’avoir par sa mort permis ce véritable miracle. Elle aurait voulu en cet instant pouvoir s’agenouiller sur sa tombe là-bas aux confins de l’Ohio pour lui dire combien elle lui était reconnaissante d’avoir, en faisant le sacrifice de sa vie, rendu Harm meilleur encore qu’il n’était et combien elle espérait que depuis là-haut elle veillerait encore longtemps sur lui.

             Le lendemain matin, le premier geste de Francesca qui était très croyante comme beaucoup d’italiennes, fut de se rendre à la cathédrale SAN GENNARO et d’y faire brûler un cierge en la mémoire de sa nouvelle amie, Sarah MACKENSIE.

FIN

Copyright © 2003-2010. Harmmac91. Tous droits réservés.

Disclaimer:  JAG and its characters are the property of Paramount Pictures, Viacom, CBS, Belisarius Productions, and Donald P. Bellisario. This site is not intended to violate any copyrights they have and is not intended for profit in any way, shape or form. It is meant to be a respectful tribute to the show and its characters and actors.