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Mission à Kaboul Décembre 2009 Le séjour londonien du capitaine de vaisseau Harmon RABB Junior touchait à sa fin. Plus de 4 ans après son arrivée, il avait le sentiment du devoir accompli. Le JAG de la zone Europe était souvent cité en exemple, ce qui avait le don de lui attirer plus d’inimitiés que de sympathies. Le plus important pour Harm était de se savoir apprécié sur le terrain malgré sa rigueur et son intransigeance. Il avait su insuffler un enthousiasme et une soif de justice qui devaient marquer à tout jamais ceux qui servirent sous ses ordres. Nombreux étaient les officiers qui, avant son arrivée, doutaient de leur vocation d’avocat de la NAVY. Fréquemment désavoués, peu soutenus, ils en étaient arrivés à rendre des jugements de complaisance, le plus souvent politiquement corrects, qui leur laissaient un goût amer et le sentiment de renier le serment qu’ils avaient fait de servir la justice à tout prix. Harm leur avait rendu le sens de l’honneur et avait fait d’eux des pitbulls sur qui aucune pression, d’où qu’elle vienne, n’avait plus d’effet. Désormais, ils étaient des juristes de nouveau respectés et en qui tous, du matelot à l’officier supérieur, pouvaient avoir confiance. Lorsqu’il se retournait sur les années écoulées force lui était de reconnaître que sa vie sentimentale n’avait pas été à la hauteur de sa vie professionnelle. Après son divorce douloureux d’avec Mac il avait cru pouvoir retrouver le bonheur dans les bras d’Allisson KRENNICK, qui depuis des années attendait cet instant. Après 6 mois d’une folle passion au cours desquels la jeune femme s’était bien révélé la mante religieuse que l’on pouvait soupçonner, ils avaient dû convenir que leur merveilleuse entente sexuelle s’accommodait mal des contraintes quotidiennes et qu’une fois hors du lit il leur était difficile d’accorder leurs caractères. Ils s’étaient séparé bons amis, n’excluant pas, à l’occasion, l’éventualité de tendres retrouvailles ponctuelles. Kate PIKE avait, de temps à autre, partagé ses rares moments de farniente, toujours prête qu’elle était à le rejoindre dans un endroit paradisiaque afin de goûter quelques heures de volupté. Si l’on ajoute à cela de fugitives aventures londoniennes, on aura fait le tour d’une vie sentimentale, certes correctement remplie, mais quelque peu décevante quand au résultat final. A 46 ans passés, il était désespérément seul et n’avait rien construit. Pire, il n’avait su retenir l’amour de sa vie, celle pour qui il s’était consumé pendant près de 10 ans, celle pour qui il croyait être fait. Il n’avait su alors trouver les mots ni faire les gestes qui auraient pu tout sauver. Ils étaient retombés dans leurs vieux travers et n’avaient su se parler alors qu’il était encore temps de le faire. Deux ans plus tard Mac, qui avait épousé Clayton WEBB, divorçait de nouveau. Elle avait quitté les marines pour travailler pour la CIA, mais son caractère, épris de droiture, de justice et d’honnêteté, ne s’était jamais fait aux mœurs troubles de l’Agence. Le général CRESWELL sut alors convaincre le secrétaire d’état à la marine de la réintégrer dans le corps des marines. Elle y retrouva son grade de lieutenant-colonel et fut même promue colonel 14 mois plus tard. Elle accepta alors le commandement de la zone Pacifique, autant pour l’intérêt du poste que pour le désir qu’elle avait de s’éloigner de WASHINGTON. En effet, elle sentait proche le moment du retour de Harm et voulait mettre quelques milliers de miles entre eux. Toujours éprise de lui, elle avait souvent repassé le film des dernières semaines qu’ils avaient passées ensemble et s’en voulait terriblement de ne pas avoir fait les efforts suffisant pour sauver leur couple. Enfermée dans son égoïsme, frustrée d’avoir dû abandonner sa carrière, perdue et oisive dans une ville étrangère, elle en avait peu à peu fait porter toute la responsabilité à Harm. Elle avait été odieuse, ne lui laissant aucune chance et avait été se réfugier dans les bras de WEBB, ce même WEBB qui, quelques mois plus tôt, l’avait cruellement déçue. Aujourd’hui, elle n’avait pas le courage d’affronter Harm et préférait fuir une nouvelle fois. De son côté, elle avait connu quelques brèves aventures qui chaque fois la laissèrent désabusée. Si elles lui permettaient de constater que ses sens n’étaient pas endormis elles ne comblaient pas le vide abyssal de son cœur dont seul Harm avait su accélérer le rythme. Alors qu’il allait refermer le livre de sa période londonienne et après avoir fait le constat de ses échecs sentimentaux, Harm dut aussi faire l’amère constatation que la suite de sa carrière ne se présentait pas sous des auspices aussi favorables que quelques mois auparavant. Il était dans le flou complet quand à la prochaine mission qu’on allait lui confier. En 2005, lorsqu’il avait quitté les USA pour l’Europe, on lui prédestinait un retour triomphal au bercail. En effet, à l’époque, le poste de JAG de la zone Europe était l’ascenseur privilégié vers la fonction suprême de Juge Avocat Général. Le cursus avait été tout tracé : après un délai de deux ans, au cours duquel il ferait fonction de chef d’état-major du Juge Avocat Général, il devait être promu vice-amiral deux étoiles et devenir le « boss » de ce service de la NAVY dont il était l’un des piliers depuis près de 15 ans. Mais entre temps beaucoup de choses avaient changé et aujourd’hui il pouvait mesurer la pertinence du dicton « loin des yeux loin du cœur ». Plus que jamais, tout se passait à WASHINGTON. C’est au Pentagone, haut lieu des intrigues, des coups fourrés et des luttes politiques, que se faisaient et se défaisaient les carrières. En 4 ans, d’autres avaient pris la place de Harm dans les hautes sphères du pouvoir et peu à peu on l’avait oublié. Son réseau de relations s’était distendu, CHEGWIDDEN n’était plus là et Bobby LATHAM était aux abonnés absents. L’expérience londonienne qui apparaissait alors comme une opportunité incontournable se révélait aujourd’hui être un handicap. Une restructuration importante venait d’avoir lieu au JAG et il n’en était pas. Le JAG avait bien changé depuis que le colonel des marines William Butler REMEY avait le premier été nommé à sa tête en 1878. C’était aujourd’hui une entité de près de 1700 hommes et femmes (personnel civil compris) et son encadrement avait été renforcé. Le vice-amiral James HOUCK (3 étoiles) avait succédé au général CRESWELL pour devenir le 41ème Juge Avocat Général de la NAVY. Pour l’assister, deux juristes militaires avaient été nommés : le contre-amiral (2 étoiles) Nanette DERENZI et le contre-amiral (1 étoile) Steven TALSON. Si pour TALSON, officier supérieur méritant en fin de carrière, il s’agissait d’un « cadeau » de départ, il en allait tout autrement pour Nanette DERENZI, camarade de promotion de Harm. Il ressentait cette promotion comme une injustice à son égard. Certes DERENZI était une brillante juriste mais elle n’avait jamais réellement côtoyé le terrain, n’ayant servi que dans les états-majors et les cabinets. Il en était d’ailleurs de même de HOUCK qui, après avoir servi quelques mois à bord du destroyer USS CANON, avait fait toute sa carrière dans les entrailles du PENTAGONE au service de différents secrétaires d’état. Harm n’était-il pas en train de payer son parcours atypique ? Il en était là, ressassant sa déception, lorsque le téléphone retentit. Depuis WASHINGTON il avait en ligne l’attaché naval du secrétaire d’état à la défense Robert GATES. Il devait être dans la capitale fédérale le surlendemain pour y rencontrer le secrétaire d’état à 10h00 au PENTAGONE. Il raccrocha et resta un long moment pensif ; que pouvait bien lui vouloir le secrétaire GATES. Un raclement de gorge le ramena à la réalité. Planté devant lui, se tenait le capitaine de corvette Bud ROBERTS, le front barré d’un pli soucieux. Bud : « Quelque chose ne va pas monsieur ? » Harm lui fit part de l’appel qu’il venait d’avoir et des interrogations qu’il suscitait. Bud : « Je pense que c’est plutôt bon pour vous. Le secrétaire d’état à la défense en personne se rappelle de vous et veut vous voir. A mon avis, il y a de la promotion dans l’air ! ». Harm ne put s’empêcher de sourire devant l’optimisme de son bras droit. Bud l’avait suivi à Londres malgré les réticences d’Harriet et il s’apprêtait à faire lui aussi le voyage retour, quelques mois après Harm afin d’assurer une transition en douceur au bureau londonien. Le Jeudi suivant, à 09h55, Harm fut introduit dans l’antichambre du bureau du secrétaire d’état à la défense des Etats-Unis au PENTAGONE. A 10h00 précises, précédé par l’aide de camp du secrétaire, il pénétra dans l’immense bureau au style très victorien. Robert GATES se dirigea vers lui, la main tendue, un large sourire éclairant son visage poupin légèrement couperosé. Autant son prédécesseur Donald RUMSFELD était grand et anguleux autant GATES était plutôt petit et tout en rondeur. Cette rondeur et la cordialité de son accueil contribuaient grandement à créer l’atmosphère détendue qui s’instaurait d’amblée. Alors que RUMSFELD était un homme de parti, attaché à des convictions, GATES avait toujours été avant tout un serviteur de l’état. Proche de la famille BUSH, lié aux républicains sans adhérer au parti, il avait spontanément accepté la proposition du démocrate OBAMA de le maintenir à son poste. Dans la partie de la pièce opposée au bureau de GATES se tenait une grande table de réunion ovale autour de laquelle avaient déjà pris place : la secrétaire d’état à la marine Bobby LATHAM, l’amiral Mike MULLEN chef d’état-major interarmées, le juge avocat général HOUCK et le chef d’état-major de l’armée de terre George CASEY. Harm fut invité à s’asseoir en face de Robert GATES. En fait, il avait l’impression d’être assis devant un grand jury car tous les autres participants lui faisaient face. Bobby lui adressa un discret sourire dans lequel il lut tout à la fois la tendresse et le plaisir de le revoir. A l’invitation de GATES chacun se présenta puis le secrétaire d’état prit la parole : GATES : « Capitaine RABB, je vais aller droit au but car je suppose que vous devez vous poser pas mal de questions. La raison de la réunion de ce comité restreint est de pouvoir entériner avec effet immédiat les décisions qui seront prises ici car autour de cette table sont assises les plus hautes autorités décisionnaires vous concernant. Je laisse la parole à l’amiral MULLEN qui va vous faire un topo de la situation ». MULLEN, grand, le cheveu roux, était l’amiral le plus décoré de la marine américaine en exercice. Il avait succédé au général PACE, limogé pour son franc-parler, mais l’administration OBAMA n’avait pas gagné au change car MULLEN était connu pour ne pas mâcher ses mots. MULLEN : « Comme vous le savez capitaine, alors que notre implication va diminuer peu à peu en IRAQ, le président à annoncé un engagement supérieur de nos forces en AFGHANISTAN. Ces décisions vont entraîner des contraintes spécifiques. En IRAQ, il est possible à l’avenir que nous soyons ponctuellement mis en difficulté du fait d’une pression militaire moins forte et des difficultés de l’armée irakienne à prendre le relais. Nos hommes vont supporter une plus grande pression. Il faudra alors veiller à éviter les dérapages et à les réprimer sans faiblesse le cas échéant. Nous devons partir les mains propres. En AFGHANISTAN la situation va être totalement différente même si à terme le but est le même : transmettre au plus vite le flambeau aux afghans. En attendant, les opérations militaires vont croître et le respect des règles d’engagement va être notre crédo. Nous représentons la démocratie et nous ne devons pas utiliser les mêmes armes que nos ennemis ». L’amiral se tourna alors vers Robert GATES pour lui signifier qu’il en avait terminé. GATES se tourna alors vers le général CASEY. GATES : « général CASEY, c’est vous qui avez le plus d’hommes engagés sur le terrain, peut-être voulez-vous ajouter quelque chose ? » Le général (4 étoiles) CASEY était l’archétype même du militaire. Le cheveu court et gris soigneusement peigné, large d’épaules et de haute taille, la mâchoire carrée il arborait l’insigne du corps d’élite des Rangers. Curieusement, sa voix fluette n’était pas au diapason de sa stature mais nul ne songeait à sourire de ce détail qui chez d’autres aurait provoqué l’hilarité. Le personnage en imposait. Harm avait déjà eu l’occasion de le rencontrer lors d’une mission spéciale en IRAK en juillet 2006 (voir fanfic « Mission à Bagdad »). CASEY y était alors le commandant en chef des forces américaines. A l’époque, le contact avait été plutôt froid entre les deux hommes. CASEY n’y fit aucune allusion. CASEY : « Vous savez monsieur que j’étais réticent à l’initiative que vous allez exposer et qui me semblait déposséder les commandants d’une part de leurs prérogatives. Vous avez su me ranger à votre avis et me convaincre du bien fondé d’une telle mesure, à tel point qu’aujourd’hui je n’y vois que des avantages. Comptez sur moi pour faire passer le message. Par ailleurs, j’adhère totalement à l’analyse de l’amiral MULLEN ». Harm remarqua que le langage du général était plus châtié que lors de leur première rencontre. En devenant chef d’état-major de l’armée de terre, CASEY semblait avoir appris le politiquement correct. GATES : « Général, j’ai crains un instant que vous ne défloriez le sujet. La situation décrite par l’amiral MULLEN nous a amené à considérer qu’il fallait soulager et aider le commandement militaire sur le terrain, notamment en prenant en charge tout ce qui concerne l’aspect juridique des opérations en IRAK et en AFGHANISTAN tant en amont qu’en aval de ces opérations. Par ailleurs, ils doivent également être déchargés de tout l’aspect réparation des dommages de guerre, de l’instruction des cours martiales et du commandement des juristes de terrain lesquels doivent être placés sous une autorité unique distincte du commandement opérationnel ». GATES bu quelques gorgées d’eau minérale puis reprit. GATES : « Il nous faut sur place un excellent juriste ayant par ailleurs une solide expérience du terrain et des opérations en temps de guerre. Nous avons pensé que le fait pour notre homme d’être un officier plusieurs fois décoré était un sésame non négligeable pour amadouer nos baroudeurs. Je ne vais pas tourner la cuiller autour du pot plus longtemps : nous avons pensé que vous étiez cet homme capitaine ! » Les sourires et les visages approbateurs autour de la table attestèrent du fait que cette proposition recueillait un accord unanime. GATES reprit. GATES : « Vous seriez basé à KABOUL avec à votre disposition des locaux et une équipe que nous vous laisserons le soin de composer. Vous aurez une priorité du plus haut niveau pour réquisition de tout appareil nécessaire à vos déplacements. Cela inclus dans votre cas l’utilisation éventuelle d’avions de chasse puisque vous êtes en possession des habilitations nécessaires. Des locaux seront également mis à votre disposition à BAGDAD où je pense qu’une partie de votre équipe sera en résidence. Selon une hiérarchisation des problématiques que nous établirons ensemble, vous rendrez compte à l’une ou l’autre des 4 personnes ici présentes, qui seront les seules à avoir autorité sur vous. Ha, j’oubliais : cette mission, non limitée dans le temps, s’accompagne d’une promotion immédiate au grade de contre-amiral, deux étoiles. Acceptez-vous cette mission capitaine RABB ? » Harm, encore sous le choc, mit quelques secondes avant de déglutir. HARM : « Je l’accepte monsieur le secrétaire et suis honoré de la confiance que vous, ainsi que les personnes ici présentes, me témoignez. Je suis conscient de la difficulté de la tâche qui m’attend mais je m’engage sur l’honneur à ne jamais vous décevoir et à servir mon pays dignement et dans l’esprit de nos valeurs » GATES : « Félicitations amiral RABB. Nous allons plancher sur le contenu précis de votre lettre de mission qui sera soumise au président. Nous nous reverrons d’ici deux semaines. Mettez à profit ces quelques jours, pour régler vos affaires en Angleterre et pour commencer à constituer votre équipe » Chacun y alla de ses félicitations, les plus chaleureuses venant de Bobby qui, faisant fi de tout protocole, l’embrassa affectueusement déclenchant l’hilarité générale. Alors que tous allaient se séparer, Bobby le retint un instant et lui glissa à l’oreille le nom d’un restaurant connu de WASHINGTON où elle le rejoindrait vers 13h00. Alors qu’il attendait la jeune femme à la table qu’elle avait réservée, il se remémorait les heures précédentes. Il avait conscience d’avoir franchi un palier important, celui qui sépare les officiers supérieurs des officiers généraux. Il n’était pas seulement question ici de hiérarchie mais plus sûrement du fait d’intégrer une élite. Il fallait un solide cocktail de compétences, de chance, de relations, d’opportunité et de timing pour qu’un capitaine de vaisseau devienne amiral. Il n’y avait rien d’automatique à cela et seule une minorité y parvenait. Combien de capitaines qui l’auraient mérité n’y parvinrent jamais. Son ami STURGESS, de la même promotion que lui, avait peu de chances d’y accéder. Bobby arriva avec un seul petit quart d’heure de retard ce qui était exceptionnel chez elle. Elle s’assit et prit la main de Harm. Bobby : « Alors heureux ? Avouez que vous avez du avoir la déception de votre vie en voyant les dernières promotions au JAG vous passer sous le nez ? Vous étiez pourtant le premier choix pour être le numéro 2 derrière HOUCK. Et puis GATES a convaincu le président qu’il fallait dissocier le juridique du commandement sur les sites d’opérations. Il y avait eu trop de jugements de complaisance pour des actes qui nous discréditaient auprès des populations. Vous allez arriver en terrain miné mais vous avez déjà fait ça avec succès en IRAQ. Ca a pesé dans la balance en votre faveur. Le général CASEY lui-même, d’ordinaire peu porté sur les compliments, a reconnu que vous y aviez fait de l’excellent travail. Très vite d’ailleurs, vous vous êtes dégagé comme l’homme de la situation. Nous n’allions pas garder dans la naphtaline derrière un bureau un type comme vous. Et puis ça a permis de faire plaisir à MULLEN en promouvant sa chouchoute, la délicieuse Nanette » Ca y est, se dit Harm ; nous voilà replongé dans les secrets d’alcôve du PENTAGONE. Décidément, Bobby y était comme un poisson dans l’eau ! Le repas fut délicieux et le numéro de charme parfaitement rôdé de Bobby une nouvelle fois efficace. Entre eux, nulle ambiguïté n’existait. Ils savaient qu’ils ne finiraient pas leur vie ensemble mais ils avaient plaisir à se retrouver de loin en loin pour une étreinte torride et sans lendemain immédiat. C’est la chambre de Harm dans le confortable hôtel tout proche qui les accueillit pour un après-midi de volupté. Comme celui de beaucoup de « fausses maigres » le corps de Bobby défiait le temps et semblait hésiter entre fin de l’adolescence et début de la maturité. Sa poitrine menue aux mamelons quasi-disproportionnés avait la fermeté de ses 18 ans et les muscles couraient sous sa peau ambrée et satinée. Ses fesses hautes, rondes et cambrées étaient une offrande irrésistible à la large paume qui les pétrissait. Ses jambes longues et minces s’enroulaient comme des lianes autour des reins de celui qui les avait ouvertes comme pour mieux le retenir. Leur étreinte, à la limite de la bestialité et plusieurs fois renouvelée, les laissa pantelants et comblés. En guise de mot de la fin et alors qu’ils allaient se quitter, Bobby déclara, en plantant ses yeux dans les siens. Bobby : « C’était la première fois avec un amiral ! Pas mal du tout ! » L’ironie n’était là que pour cacher le trouble. Décidément, pensa-t-elle, je serais toujours amoureuse de lui. Harm passa la semaine qui suivit à Londres. Son remplaçant n’était pas encore désigné et il ne le verrait sûrement pas. Bud risquait d’assurer l’intérim pendant plusieurs semaines ce qui apportait un peu plus d’eau au moulin de Harm qui préparait une demande motivée de promotion au grade de capitaine de frégate pour son subordonné et ami. Il en avait glissé deux mots à Bobby qui lui avait promis d’appuyer chaudement cette demande légitime. Son déménagement se limitant à ses effets personnels, il chargea Bud des formalités d’usage auprès de la NAVY à qui appartenait ce logement de fonction. Il put ainsi se consacrer à la composition de son équipe dont le capitaine ROBERTS ne ferait cette fois pas partie. L’AFGHANISTAN lui rappelait de trop mauvais souvenirs et Harriet n’eut pas supporté qu’il y retourna. Rapidement il parvint à réunir un groupe homogène d’une vingtaine de juristes que sa seule réputation avait suffi à décider. Il était devenu une légende au sein de la NAVY et nombreux étaient ceux qui avaient rêvé de travailler un jour avec l’amiral RABB. Le but était de rapatrier les avocats actuellement sur le terrain, usés jusqu’à la corde, et de les remplacer par du sang neuf, par des regards nouveaux, par des hommes vierges de toute influence. Au nombre des membres de sa nouvelle équipe, il compta avec plaisir le capitaine de corvette VUKOVIC qui fut un des premiers qu’il contacta. Avec toujours autant d’aplomb il déclara, sûr de lui, qu’il attendait l’appel de l’amiral. Harm ne s’offusqua pas tant cela faisait partie du personnage. Par contre, il savait pouvoir compter sur les talents d’avocat du jeune officier, sur son comportement « borderline » et sur son « esprit d’initiative ». GALINDEZ fut aussi de la partie. Harm avait fait appel à ses talents d’enquêteur en IRAQ et savait combien il lui serait précieux grâce à sa capacité à se fondre dans n’importe quel milieu et à tirer les vers du nez au plus méfiant. Il demanda à Sturgess TURNER de l’accompagner comme chef d’état-major. Ce dernier refusa. Il venait juste d’être promu capitaine de vaisseau et envisageait de reprendre du service dans les sous-marins et d’y finir sa carrière. Il se réjouissait de la réussite de Harm mais lui avoua qu’il aurait sûrement des difficultés à servir sous ses ordres. Il ne voulait pas risquer de compromettre une amitié vieille de plus de 25 ans et qui avait déjà failli sombrer. Harm comprit ses raisons et lui fut gré de sa franchise. Enfin, il eut la bonne surprise d’enregistrer une candidature qu’il n’avait, à priori, pas envisagée : celle de Jennifer COATES. Dans un premier temps, il suspecta un lien avec le fait que VUKOVIC soit de l’aventure. Peut-être, au mépris de la déontologie, y avait-il quelque chose entre les deux jeunes gens ? Ses doutes se dissipèrent lorsqu’il apprit le prochain mariage du bouillant capitaine avec une jeune lieutenant des services de santé de la NAVY à BETHESDA. Les raisons données par Jennifer étaient donc les bonnes. Elle avait l’impression d’être inutile à FALLSCHURCH alors que d’autres se battaient. Son tempérament intrépide reprenait le dessus et elle avait besoin d’action. Enfin, une récente rupture renforçait son désir de s’éloigner de WASHINGTON. Harm savait combien elle pouvait être efficace dans l’action et à quel point son sang froid et son autorité avaient sauvé la vie du lieutenant ROBERTS en AFGHANISTAN précisément. Elle sauta de joie comme une gamine lorsqu’il accepta de la prendre avec lui. Il aurait là une aide de camp de premier ordre. Lorsqu’elle quitta le petit bureau du PENTAGONE que l’on avait mis à la disposition de Harm pour faire ses « entretiens d’embauche », ce dernier se cala dans son fauteuil songeur et s’accorda quelques minutes avant de recevoir le prochain candidat. L’entretien avec Jennifer avait été plus long que la moyenne. Ils avaient parlé de Mattie, de l’ambiance au JAG, évoqué des souvenirs, des anecdotes, mais a aucun moment n’avaient parlé de Mac. Il avait goûté avec beaucoup de plaisir cet intermède et la conversation pleine de sensibilité, d’humour et d’intelligence de la jeune femme. Ils n’avaient jamais eu l’occasion d’échanger autant et Harm en ressentait un vif plaisir. Jennifer était devenue une femme superbe, à l’aube de la trentaine, loin de la sauvageonne qu’il avait sauvée de la délinquance une veille de Noël. Une pointe de désir vint, sans prévenir, le transpercer alors que fugitivement il revoyait les jambes magnifiques de la jeune femme qu’un instant auparavant, assise en face de lui, elle avait croisées sans pudeur mais sans provocation non plus. Il dut se ressaisir en se promettant de veiller à l’avenir à laisser plus de distance entre lui et la jeune sous-officier. Le choix de son chef d’état-major fut plus difficile. Il lui fallait trouver un officier en qui il aurait toute confiance, qui serait apte à le suppléer en cas d’absence et qui aurait assez d’autorité pour relayer ses décisions auprès des autres officiers. Il connaissait la perle rare, mais il était exclu de faire appel à elle. En effet, en d’autres temps, Mac aurait-été la personne idéale pour ce poste. Son deuxième choix n’était autre qu’un officier contre qui il avait du fréquemment batailler au tribunal et dont il avait pu apprécier la pugnacité à plusieurs reprises. Le capitaine de vaisseau MATTONY était cet homme. Ayant eu la douleur de perdre son épouse deux ans auparavant, il s’était depuis réfugié dans le travail et était actuellement en poste à SAN DIEGO où il officiait comme juge. Lui et Harm n’avaient jamais été proches mais ils se respectaient sincèrement. Il accepta sans hésiter la proposition de Harm et le remercia chaudement d’avoir pensé à lui. Ce nouveau et peut-être dernier challenge était exactement ce qu’il fallait à cet homme meurtri. Quinze jours plus tard, Harm était à pied d’œuvre à KABOUL. Son équipe occupait tout un étage d’un immeuble du quartier des ambassades, quartier hyper-sécurisé qui n’était pas sans rappeler la « zone verte » de BAGDAD. Le peu qu’il avait vu de KABOUL ne l’incitait guère au tourisme. La vie y semblait cependant presque normale et la circulation dans le centre ville était particulièrement intense, les embouteillages de fin d’après-midi tournant au cauchemar. Les gaz d’échappement et la poussière des rues kaboulies formaient un écran épais, les immeubles n’apparaissant qu’une fois que l’on était devant. Les talibans n’étaient plus dans KABOUL mais les femmes portaient toutes le voile masquant le visage, accessoire obligé ici. La nuit venue, les rues n’étaient pratiquement pas éclairées et les voitures roulant « pleins phares » et à tombeau ouvert, rendaient la circulation angoissante pour les non initiés. Dès son arrivée, il avait eu un long entretien avec le général Stanley Mc CHRYSTAL commandant en chef des troupes étrangères en AFGHANISTAN. Apparemment le message était bien passé car l’accueil fut meilleur que ce qu’il attendait. Il fut présenté à tous les officiers supérieurs au cours d’une réunion très conviviale organisée au QG des forces américaines. Là, il eut tout le loisir de préciser sa mission et de répondre aux nombreuses questions des uns et des autres. Alors qu’il s’attendait à une certaine hostilité ce fut plutôt du soulagement qu’il crut percevoir chez la quasi-totalité des officiers présents. Soulagement de se voir déchargés de missions qu’ils remplissaient souvent à contrecoeur et contents de pouvoir désormais se consacrer pleinement à leur tâche première : combattre les talibans et ramener la paix et la démocratie en AFGHANISTAN. La réputation de Harm l’avait précédé. Autant l’arrivée d’un gratte-papier du PENTAGONE aurait été mal perçue autant celle d’un authentique héros décoré de deux DFC et d’une « silver star » ne pouvait que recevoir l’agrément d’hommes pour qui les mots de devoir, de sacrifice et d’honneur signifiaient quelque chose. Il en fut de même en IRAK. Il fut reçu par le général PETRAEUS, commandant en chef des forces américaines en IRAK, dans son QG de Camp Liberty. C’est d’ailleurs là que des locaux avaient été dégagés pour accueillir la partie de l’équipe de Harm qui serait basée en IRAK. Cette équipe d’une dizaine de membres serait placée sous la responsabilité du capitaine de corvette Grégory VUKOVIC. Harm n’eut pas à attendre longtemps pour prouver son efficacité. L’occasion lui fut offerte par une vieille connaissance, le lieutenant « Iceman » BUXTON, aujourd’hui capitaine de frégate. Harm avait défendu le lieutenant à bord du porte-avions USS Patrick HENRY quelques années auparavant. Au cours d’une mission de reconnaissance BUXTON, alors véritable chien fou, avait par erreur mitraillé des véhicules transportant des officiers de la paix russes. Il les avait pris pour des serbes sur le point de s’en prendre à des civils. Harm, qui a l’époque avait quitté le JAG pour reprendre sa carrière de pilote, avait sauvé la tête de BUXTON mais ce dernier avait été renvoyé de l’aviation de chasse sur demande de son leader. Après avoir vécu deux années au purgatoire à terre, BUXTON avait été autorisé à reprendre le service aérien. En période de conflits, il était difficile pour la NAVY de se passer plus longtemps d’un pilote surdoué comme BUXTON dont il était logique de penser qu’il s’était assagi. Aujourd’hui, Harm avait sous les yeux un rapport qui, à priori, pouvait laisser penser que le BUXTON d’aujourd’hui n’avait rien à envier à celui d’hier. Qu’en était-il ? BUXTON était accusé de la mort de 12 civils afghans et d’avoir blessé une quinzaine d’autres. Il aurait, aux commandes de son F-18, mitraillé un village à l’est de KANDAHAR, à quelques kilomètres de la frontière pakistanaise. Pour sa défense, il affirmerait avoir essuyé des tirs de mitrailleuse lourde en survolant le village ce qui aurait entraîné sa riposte. Son R.I.O, le lieutenant ANDERSON confirmait cette version. Cependant aucun impact de balle n’avait été retrouvé sur la carlingue du F-18 et les villageois affirmaient qu’aucun tir n’était parti du village. Le passé du capitaine BUXTON ne plaidant pas pour lui, il avait été consigné dans ses quartiers sur le porte-avions USS Georges Washington qui croisait en Mer d’Arabie. L’amiral Moriah HAEFNER, commandant de la 7ème flotte américaine, avait demandé l’ouverture d’une enquête préalable. Voilà tout ce que contenait le dossier qui été arrivé sur le bureau de Harm. L’affaire était sensible et en moins d’une heure il avait déjà eu au téléphone Robert GATES en personne ainsi que l’amiral MULLEN et enfin le chef de cabinet du président afghan Hamid KARZAÏ. De la façon dont il résoudrait ce premier dossier allait dépendre toute la suite de sa mission. La condamnation du pilote passerait aux yeux des militaires pour un geste politique destiné à s’attirer les bonnes grâces de la population et les dresserait contre lui alors qu’une mesure de clémence serait interprétée comme une insulte au peuple afhan et servirait les talibans. Il en était là de ses réflexions alors que l’obscurité commençait à envahir son bureau en cette fin d’après-midi de décembre. Un coup discret à la porte de son bureau le ramena au moment présent. Jennifer entra, quelques documents en main qui réclamaient sa signature. Harm la pria de s’asseoir, non pas devant son bureau mais dans l’un des deux fauteuils confortables entourant une table basse qui occupaient une partie de la pièce. Il alla bientôt la rejoindre. Elle était assise les genoux serrés entourés de ses mains jointes comme une enfant sage et pudique. Pour Harm, elle était le bouquet de fraîcheur et de spontanéité qui illuminait la grisaille de ses journées. Il devait reconnaître que c’était chaque fois un ravissement de la voir entrer dans son bureau, la démarche innocemment sensuelle, un merveilleux sourire éclairant son visage parfait, la poitrine pleine et haute gonflant le corsage d’uniforme et la jupe laissant deviner des jambes parfaites. HARM : « Jennifer, nous allons nous attaquer à notre première grosse affaire. La façon dont nous allons nous en tirer conditionnera la suite de notre présence ici ». JENNIFER : « Vous avez dit « notre affaire » monsieur. Considéreriez-vous que j’en fais partie ».
HARM : « Absolument. Rappelez-vous la façon brillante dont vous aviez rempli votre rôle d’assesseur alors que j’étais juge dans une affaire de tirs amis. Je n’ai pas oublié. Vous m’aviez merveilleusement secondé et vos conseils avaient été précieux » JENNIFER : « Merci de votre confiance monsieur. Je saurais m’en montrer digne, vous n’aurez pas à le regretter ! » HARM : « Eh ! Doucement matelot. Nous ne montons pas au front, il ne s’agit pas de tuer quelqu’un, quoique….Le cas du capitaine BUXTON me semble bien mal embarqué. Je le connais bien et il ne me surprendrait pas qu’il ait encore fait des siennes. Il y plus de 10 ans, il avait commis une erreur semblable et ne m’avait pas semblé à l’époque en avoir tiré les enseignements, persuadé d’avoir raison. Aujourd’hui, il semble décidé à tenir la même ligne de défense ». JENNIFER : « Monsieur, si je peux me permettre, vous me semblez le condamner bien vite. On peut changer en 10 ans. Regardez ce que j’étais lorsque vous m’avez rencontrée et ce que je suis devenue. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le capitaine BUXTON ? » Harm, interloqué, la regarda fixement. Stupéfaite de son impertinence, la jeune femme attendait l’orage, la tête légèrement rentrée dans les épaules. Le large sourire de Harm qui hochait la tête incrédule fit disparaître le rouge de honte qui avait envahi les joues de Jennifer. HARM : « Merci Jennifer. Voilà ce que j’attends de vous. Pas en public bien sur car mon autorité en pâtirait, mais chaque fois que je solliciterais votre avis. Vous avez raison, je dois donner sa chance à BUXTON. Vous avez prévu quelque chose pour le dîner ? Je vous invite ; 20h00 au restaurant de l’hôtel SERENA, ça vous va ? Une voiture viendra vous prendre ». Bousculée, la jeune femme tentait de mettre de l’ordre dans ses idées. Elle bafouilla une réponse à peine audible. JENNIFER : « Vous croyez que cela est conforme au règlement, monsieur ? Ca ne risque pas d’être mal interprété ? » HARM : « 1er maître, cessez d’objecter à tout va. C’est un ordre. Rien n’interdit à un amiral de dîner avec une collaboratrice. Considérez cela comme un dîner de travail au cours duquel nous parlerons de l’affaire à moins que la perspective de dîner seule avec moi vous soit insupportable » JENNIFER : « Oh non monsieur, bien au contraire rien ne pourrait me faire plus plaisir, un tête-à-tête avec vous en quelque sorte... Bon, je me tais car je crois que je dis n’importe quoi » HARM : « Alors à tout de suite, tenue civile exigée ! » Harm avait revêtu pour l’occasion un strict costume gris anthracite impeccablement taillé sur une chemise blanche sans cravate. Il eut le choc de sa vie en voyant apparaître Jennifer. Elle avait laissé crouler sa chevelure brune sur ses épaules et s’était merveilleusement maquillée, agrandissant ses yeux, soulignant ses lèvres pulpeuses et donnant un léger hâle à son visage. Le tout respirait la distinction. Vêtue d’une robe noire d’une fausse sagesse elle était juchée sur des escarpins à hauts talons qui accentuaient le fuselé parfait de ses jambes et la cambrure de ses reins. Un collier de perles blanches et une petite montre en or étaient les seuls bijoux qu’elle portait. De l’affaire, ils ne parlèrent pas, mais d’eux beaucoup. Elle lui parla de ses parents, de son premier amour, de son dernier compagnon, de ses projets, en un mot de sa vie. Et lui, sans pudeur, oubliant la hiérarchie, il parla de lui. Il avait besoin que tout cela sorte et Jennifer fut le réceptacle attentif et ému de ce déballage. Vers minuit, le restaurant étant presque vide, ils se décidèrent à partir. Nul n’était besoin pour Harm de donner de quelconques consignes de discrétion à la jeune femme. Il savait qu’elle saurait garder tout cela pour elle. Assis à l’arrière du véhicule qui les ramenait vers l’ambassade américaine, ils restaient silencieux. Il se sentait remarquablement bien et ne retira pas sa main lorsque celle de la jeune femme vint se loger dans la sienne. Il avait décidé de profiter pleinement de cette parenthèse et serra doucement les doigts enlacés aux siens. Ils s’étaient compris. Demain, le service allait reprendre ses droits mais ils savaient l’un et l’autre que les fils de leurs vies venaient de se croiser et qu’il serait impossible désormais de les dénouer. En arrivant au bureau le lendemain, Harm avait pris sa décision. Jennifer avait raison : il devait donner sa chance à BUXTON et vu l’importance politique de l’affaire, il assurerait lui-même la défense du pilote. MATTONY serait son adversaire comme au bon vieux temps. Lorsque Jennifer lui apporta son café, il lui fit part de sa décision. Un léger sourire fit ressortir les fossettes de la jeune femme: « Je pense que l’amiral a pris la bonne décision » lâcha-t-elle, puis elle tourna les talons. Dès l’après-midi, un avion spécial transportait l’amiral RABB à bord de l’USS Georges WASHINGTON. Le capitaine BUXTON qu’il retrouva n’avait en effet plus rien à voir avec le lieutenant BUXTON de ses souvenirs. Il se trouva face à un homme abattu, à des années lumière du crâneur impénitent qu’il avait vu quitter le Patrick HENRY des années auparavant. BUXTON lui répéta sa version et sut convaincre Harm de sa bonne foi. Il n’avait fait que répondre à des tirs venant du village. Il n’avait du qu’à sa dextérité et à la maladresse de ses attaquants de n’être pas touché. Aucun enregistrement vocal de l’incident n’existait car il était dans une zone de silence radio. Tout reposait donc sur sa parole. La vitesse d’intervention de l’amiral RABB à ses côtés et le fait qu’il assura sa défense avaient remonté le moral du pilote. C’est un BUXTON remonté et prêt à se battre que quitta Harm. Sa deuxième visite, il la réserva au village mitraillé. Malgré les mises en garde des uns et des autres, il décida de se rendre avec une escorte réduite sur les lieux du drame. MATTONY et GALINDEZ l’accompagnaient ainsi qu’un interprète pashtou. Ils trouvèrent un village accablé par le malheur, d’une dignité impressionnante. Les seules traces du massacre étaient de larges taches brunes sur le sol là où le sang avait séché au soleil. Des enfants figuraient au nombre des victimes et Harm désira immédiatement visiter les parents. Il ne rencontra aucune agressivité chez ces gens frappés en plein cœur. Le fatalisme et la résignation l’avaient emporté sur la révolte. D’eux et des autres habitants il ne put rien tirer se heurtant à un mutisme apparemment de commande. Seul un groupe à l’écart paraissait singulièrement excité, gesticulant et brandissant le poing, semblant reproduire une chorégraphie soigneusement réglée. De la traduction de l’interprète il ressortit de leurs propos que l’avion américain, après avoir survolé le village, était revenu à basse altitude et avait à deux reprises mitraillé la population. Le sergent du groupe de marines qui les avaient accompagnés confia à Harm et MATTONY des balles retrouvées dans les murs de torchis et qui provenaient sans aucun doute possible des canons d’un F-18. En retrait, les bras croisés, se tenait un homme âgé, silencieux et de haute taille. Entouré de quelques vénérables vieillards, ils semblaient composer une espèce de conseil des sages et une autorité naturelle émanait d’eux. A aucun moment ils ne se mêlèrent à la horde qui vociférait et restèrent murés dans un silence réprobateur qui intrigua Harm. Ce dernier décida de s’adresser à la foule, relayé par l’interprète. Il se présenta, déclina son grade et sa fonction puis exprima tous les regrets et la tristesse du peuple américain devant le drame qui les frappait. Lui-même mesurait l’ampleur de leur détresse et de leur impuissance devant une guerre qui chaque jour faisait de nouvelles victimes innocentes. Le supposé responsable allait être jugé dans les prochains jours. Il jura que toute la lumière serait faite et que la justice militaire américaine serait sans pitié si il était reconnu coupable de ce crime. Comme aimanté, le regard de Harm revint vers le vénérable vieillard. Il n’avait pas bougé d’un centimètre mais son regard perçant rencontra celui de l’américain et se verrouilla sur lui. Il sembla à Harm que l’homme lui transmettait un message silencieux. Un instant, il eut l’impression que le patriarche allait venir vers lui et lui parler. Mais il n’en fit rien et au contraire, suivi de ses condisciples, il se retira dans l’une des maisons du village. La sincérité du discours de Harm semblait avoir touché les habitants car le groupe de braillards s’était amenuisé et avait perdu de sa véhémence. Harm passa encore près de 2 heures dans le village à s’enquérir des besoins des uns et des autres. Partout il fut bien accueilli, sentant même une gêne inexplicable chez la plupart des villageois qui semblaient, malgré leur malheur, avoir quelque chose à se faire pardonner. Il partit sans avoir revu le vénérable vieillard. En rentrant, sur la ligne protégée de l’ambassade, il eut le secrétaire GATES à qui il fit un compte-rendu détaillé de sa journée au village. Après l’avoir écouté en silence, GATES prit la parole. GATES : « RABB, ce que vous avez fait était une folie mais je crois bien que c’est parce que vous étiez le seul à pouvoir faire ce genre de folie qu’on vous a envoyé là-bas. Je ne pense pas que ça soit en faisant l’autruche au moindre problème qu’on arrivera à gagner la confiance de ces gens. Continuez comme ça, mais soyez prudent. Quand à BUXTON, d’accord pour que vous le défendiez mais ne laissez pas trop parler votre cœur de pilote. Bonne chance Harm, vous faites du bon boulot ! » La journée du lendemain fut de celle que l’on n’oublie jamais. A 10h00, le vieillard du village, accompagné de deux des membres de son conseil, se présenta au check-point de l’ambassade, demandant à être reçu par l’amiral RABB. Dix minutes plus tard, ils étaient assis en face de Harm qui avait fait venir MATTONY et l’interprète de l’ambassade. On servit le thé traditionnel dans un silence de cathédrale, puis le patriarche prit la parole et l’interprète traduisit. LE VIEILLARD : « Je suis Ousmane KARMAL et je suis le chef du village de Nijrab. Je n’aime pas les américains qui ne nous respectent pas et qui tuent nos femmes et nos enfants. Mais j’aime encore moins l’injustice, Allah m’en soit témoin. Le jour funeste où 12 des nôtres sont morts sous les balles américaines et depuis lequel quinze autres souffrent jour et nuit, nous avions accueilli dans notre paisible village six de nos frères en lutte contre l’occupant. Ils avaient besoin de se reposer et de se restaurer et devaient repartir le soir même sans troubler la paix de notre village. Lorsque qu’ils ont entendu le bruit de l’avion qui s’approchait, ils se sont mis à tirer dans sa direction avec la mitrailleuse de leur véhicule tout-terrain. Nous avons tenté de les en empêcher mais que pouvaient nos bras contre leurs armes. L’avion est monté haut dans le ciel puis il a piqué sur le village et a mitraillé. Aucun de nos frères talibans n’a été touché mais le village a payé cher son hospitalité. On nous a fait jurer de taire leur présence mais aujourd’hui je ne peux laisser un innocent être condamné. Votre pilote a agi en état de légitime défense, je peux le témoigner. Vous avez eu le courage monsieur l’amiral de venir dans mon village compatir sincèrement à notre malheur. Je devais être aussi courageux que vous et venir vous dire la vérité. En faisant cela, je mets mon village en danger en l’exposant à des représailles. Mais tous sont fiers de ce que je fais car ils pourront mourir en paix. Inch Allah ! » Tous avaient le sentiment de vivre un moment important d’une émotion presque insupportable. Harm le premier se leva et prit la parole. Il remercia chaleureusement Ousmane KARMAL et lui promit la protection de son village ce que le vieillard refusa car, dit-il, ils étaient des hommes libres qui ne voulaient devoir à personne leur vie. Les trois vénérables afghans se retirèrent après avoir accepté la protection de l’armée américaine au moins jusqu’au procès car ils comprirent que rien ne devait leur arriver d’ici là sous peine de rendre vaine leur courageuse démarche. Le procès du capitaine BUXTON ne fut qu’une formalité. Ousmane KARMAL, sous le feu des caméras, témoigna avec un courage et une dignité qui impressionnèrent le monde entier et firent plus pour son pays que des dizaines de discours politiques ou de vaines promesses. Il eut un sourire bienveillant pour le capitaine BUXTON puis s’approcha de Harm et enserra ses mains dans les siennes : « amiral vous êtes un homme bon et courageux. Vous auriez pu être afghan. Qu’Allah vous garde » lâcha-t-il avec un sourire plein de malice. Puis il s’en retourna comme il était venu. Le capitaine BUXTON fut autorisé à reprendre immédiatement le service actif mais il préféra prendre quelques jours de repos auprès des siens. Il avait appris l’humilité et ne se surestimait plus. Harm était heureux que la NAVY ait pu récupérer un tel homme. Durant les heures qui suivirent, le téléphone ne cessa de retentir dans le bureau de l’amiral RABB. Tour à tour, tous les participants de la réunion dans le bureau de Robert GATES l’appelèrent pour le féliciter, GATES lui-même n’étant pas le dernier à le faire. Il crut à un canular lorsqu’on lui passa la Maison Blanche. La voix reconnaissable entre mille de Barack OBAMA lui-même le dissuada de toute plaisanterie scabreuse. Le président le félicita chaudement pour avoir désamorcé et résolu ce qui devenait une affaire très préjudiciable pour la bonne image de l’action des Etats-Unis dans cette partie du monde. Il était près de 20h00 et il prit soudain conscience qu’au cours de ces dernières heures il n’avait pas une seule fois vu Jennifer. Il la trouva sagement assise derrière son bureau, occupée à rédiger un courrier qui semblait d’une importance capitale compte tenu de l’attention qu’elle y apportait. HARM : « Alors, Jennifer ! Je n’ai pas droit à vos félicitations ? Le président lui-même vient à l’instant de raccrocher ! » JENNIFER : « Félicitations, monsieur. Mais je savais le capitaine BUXTON innocent. Un pilote de la NAVY ne refait pas deux fois la même erreur n’est-ce pas ? » Puis elle se replongea dans la rédaction de sa lettre, laissant Harm interloqué. Le voyant ainsi planté devant elle, elle redressa la tête. JENNIFER : « Si vous voulez bien attendre 30 secondes monsieur je pourrais vous remettre cette lettre qui vous est destinée » Sans attendre la réponse d’un Harm de plus en plus perplexe, elle acheva la relecture de sa lettre et la lui tendit. Dès les premières lignes, il en comprit la teneur mais la relut une seconde fois pour être sûr d’avoir bien compris. HARM : « Mais c’est une lettre de démission ! Vous voulez me quitter ? Pourquoi ? » JENNIFER : « Non monsieur. C’est bien précisément parce que j’ai envie d’être avec vous que je démissionne. Si ce désir n’est pas partagé, déchirez cette lettre, nous n’en reparlerons plus et je continuerais à vous servir. Excusez mon impertinence car j’ai pu me tromper mais je crois qu’entre nous il pourrait se passer quelque chose de bien. Si c’est le cas et afin de rendre les choses plus simples et plus « réglementaires », il serait préférable que je ne serve plus sous vos ordres. Il y aurait une opportunité pour moi à l’ambassade, un peu ce que je fais ici ». Elle s’arrêta, effarée d’avoir osé dire tout ce qu’elle venait de dire, les yeux ronds, le feu aux joues et une main sur la bouche comme pour arrêter le flot de paroles qui en jaillissait. Harm, sans rien laisser paraître des sentiments qui l’agitaient, avait toujours les yeux rivés sur la lettre. HARM : « 1er maître, accordez moi 30 secondes ». Sur ces mots, il se rua vers son bureau en laissant la porte ouverte. Elle l’entendit fouiller rageusement dans ses tiroirs, puis un choc mat retentit amorti par le cuir du sous-main. Enfin, le crissement de la plume d’un stylo à encre se fit entendre et il ressortit se dirigeant vers elle à grandes enjambées. D’un air satisfait, il reposa la lettre devant elle et elle put y lire : « accordé avec effet immédiat » suivi de sa signature, le tout orné de son cachet officiel. Elle tremblait de tout son être lorsqu’il la fit se lever. Tendrement, il laissa courir sa main sur la joue de la jeune femme puis il se pencha vers elle et leurs lèvres se joignirent en un baiser léger puis de plus en plus insistant. Leurs corps s’épousèrent plus étroitement et Jennifer put sentir le désir impérieux de son compagnon. Elle sentait monter le sien au creux de ses reins, promesse de délicieux moments à venir. Elle qui, l’instant d’avant avait été si prolixe, ne sut dire que : « je suis bien ! ». Comme un écho, le soupir de bien-être de Harm lui répondit. Fin |
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